Le Mauricien 29 juillet 2006 - Extraits

Caritas
Ile Maurice

LE TEMPS… d'être solidaires


Logement social : une lueur d'espoir au Relais Espérance

Depuis dix ans à Pointe-aux-Piments, une alternative-logement permet à des familles ayant connu des conditions de vie précaires de prendre un nouveau départ dans la vie. Mieux, quand ils quittent cet abri temporaire, c'est qu'ils sont devenus propriétaires de leur logement. Le Relais Espérance est une magnifique lueur d'espoir pour quelques familles qui ont eu la chance d'y avoir été accueillies.

En ces temps difficiles sur le plan économique, Guylaine, la quarantaine, aurait bien voulu contribuer au budget de la famille mais un problème de santé empêche cette mère de deux enfants de travailler ; la famille subsiste grâce aux seuls revenus de son époux qui est jardinier dans un grand hôtel du nord de l'île. Guylaine ne perd pas espoir, un avenir meilleur pourrait s'offrir à sa famille. Elle nous invite à découvrir son " chez moi ", qui lui donne cet espoir.

Direction : Relais Espérance à Pointe-aux-Piments, sur le trajet qui mène à l'Hôtel Victoria. De loin, on aperçoit un ensemble fort attrayant et qui ne laisse personne indifférent. Il s'agit d'un bloc de quatre appartements, avec une cour bien entretenue. L'appartement de Guylaine se trouve à l'étage. Avec un grand sourire elle nous ouvre la porte et nous convie à prendre place dans son coin salon/salle à manger. Tout est impeccablement propre et bien rangé et il ne lui manque rien comme mobilier. Guylaine, en compagnie de sa petite famille, a emménagé ici l'année dernière. Pourtant, le couple n'est ni locataire ni propriétaire de cet espace tout comme les trois autres familles qui y vivent.

Étape et passage

" Relais Espérance n'est qu'une étape dans la vie de ces quatre familles. Elles ne sont là que de passage, le temps de les soutenir dans leurs efforts pour acquérir un toit bien à eux ", explique Edley Maurer, gérant de cet abri. Cela fait déjà dix ans que Relais Espérance a accueilli ses premiers résidents et, depuis, les appartements sont constamment occupés. L'initiative de ce projet revient au Diocèse de Port-Louis et s'inscrit dans son combat contre la pauvreté. La gestion a été confiée à Caritas - Ile Maurice. Cette intervention de l'église catholique dans le domaine du logement social est assez méconnue du grand public.

Les quatre appartements de Relais Espérance sont destinés aux familles les plus démunies, aux cas les plus désespérés, qui sans un appui de la société ne pourront jamais accéder à leur rêve le plus cher - vivre dans une maison bien à eux. Relais Espérance leur donne justement cette chance de réaliser ce rêve moyennant des efforts de leur part pour relever ce défi. " Nous les accueillons pour une période déterminée mais nous ne voulons pas en faire des assistés ", laisse entendre Edley Maurer. Ainsi, au-delà de donner la possibilité à ces résidents temporaires d'économiser puisqu'ils ne paient pas de loyer, la philosophie du projet s'inscrit dans l'insertion socio-économique de ces familles. Un programme d'accompagnement solide constitue le socle du projet. Cet accompagnement leur permet de se reconstruire une vie. Les histoires passées de tous ceux qui ont transité ces dix dernières années à Relais Espérance se ressemblent : l'enfer du surendettement, l'emploi instable, le chômage, la maladie, l'absence d'une certaine discipline de vie, l'emprise des "casseurs", les ont conduits à une situation des plus difficiles. Pour d'autres, ce sont les conflits familiaux qui les ont contraints à aller trouver refuge ailleurs.

" Nous voulons qu'ils soient autonomes à tous les niveaux et soient capables d'assumer les responsabilités au sein de la famille quand ils quittent nos locaux au bout de deux ans ". On leur apprend, par exemple, comment établir les priorités et faire un budget. La régularité des adultes au travail, les notions d'hygiène, l'entretien de la maison, la présence des enfants à l'école, la discipline sont autant d'aspects sur lesquels insistent les encadreurs dans ce programme d'accompagnement.

Les familles sont informées des exigences de ce programme de soutien et signent un contrat signifiant leur adhésion aux règlements (voir plus loin). Même si elles ont quelques petites difficultés au départ à s'adapter à un nouveau rythme de vie très discipliné, les familles ne vivent pas leur nouvelle situation comme une contrainte. En tout cas, chez Guylaine, tout le monde a l'air d'être heureux. " Ayo nou tre bien mem si pa gagn droi fer gran gran fet. Dayer nou finn realize azordi ki pa sa ki inportan. Isi nou finn ariv ekonomize parski kas loyer reste. Avan mo ti pe pey lakaz Rs 2 700 ", témoigne Guylaine en présence de ses deux enfants.

Jardin potager

À Relais Espérance, chaque famille a accès à une vraie maison où elle peut vivre normalement et en toute sécurité. Chaque appartement comprend deux chambres à coucher, un living/dining, une salle de bains, des w.c., une kitchenette et un petit balcon pour ceux qui sont à l'étage. Pour les résidents qui arrivent avec très peu d'effets personnels (des vêtements par exemple), le projet prévoit quelques meubles et des équipements de cuisine, indispensables. " Bizin dir mersi parski se enn ti sato ki nou finn gagne pou dezan gratuitman ", affirme Marie-Noëlle, une autre mère de famille avec cinq enfants à sa charge, et dont l'aîné a onze ans et la benjamine un an et demi.

Par ailleurs, chaque famille dispose d'un petit jardin potager. Les adultes sont ravis au vu de leurs récoltes, cela dans un esprit de partage. En ce moment l'on trouve des choux, des betteraves, de têtes de laitue, des bringelles, des lalos, des brèdes et du thym. Et là encore, ce sont quelques sous économisés qui alimenteront le carnet d'épargne.

Les familles trouvent également au Relais Espérance écoute et conseil. " Kan ou dan enn problem zot ekout ou e donn ou osi bann ti konsey ", ajoute Marie Noëlle. Il y a une présence, presque au quotidien, d'accompagnateurs auprès de ces familles.

Dix ans d'existence, et Relais Espérance tient toutes ses promesses. La preuve : les douze familles qui y ont transité pendant ces dix ans sont devenues des propriétaires, soit d'un appartement de la National Housing Development Company (NHDC) ou d'une maisonnette construite sur un terrain cédé par un membre de la famille. " La plus grande joie pour l'équipe d'accompagnateurs c'est quand nous les voyons entrer dans leur propre maison ", dit avec beaucoup d'émotion Edley Maurer qui continue à leur rendre visite.



Règlements et responsabilité

Le passage des locataires dure deux ans. Et au moment d'accueillir d'autres résidents les responsables de Relais Espérance sont submergés de nouvelles demandes, sans compter celles qui figurent déjà sur la liste d'attente. " Des paroisses, des travailleurs sociaux, des organismes gouvernementaux et même des radios privées nous recommandent telle ou telle famille. Tous sont des cas urgents mais nous sommes obligés de faire un choix ", indique Edley Maurer. Rappelons que quatre familles seulement y auront accès. La sélection est confiée à un comité comprenant les accompagnateurs sociaux et quelques membres du Comité de gestion de Relais Espérance. Avant même de parvenir à cette étape, une équipe d'accompagnateurs - constamment sur le terrain - commence à procéder à un exercice d'identification des familles (sans qu'elles en soient informées), celles qui témoignent d'une " réelle volonté de s'en sortir " et qui font des efforts dans cette voie. Être accueilli en résidence pendant deux ans implique un certain nombre d'exigences fixées par le comité de gestion, et dont les principales sont comme suit : le locataire s'engage à trouver un emploi ; à ouvrir un compte de Plan d'Épargne Logement (PEL) qu'il doit alimenter régulièrement ; à respecter la vie en communauté ; et à suivre le programme de formation proposé par Relais Espérance. Le sens de solidarité entre résidents, le respect de la tranquillité de l'autre, s'assurer de la scolarité de leurs enfants figurent aussi dans ce contrat que signe tout locataire.

Dans l'ensemble, cela s'est bien passé pendant ces dix années d'expérience. Il n'y a eu qu'un cas face auquel le Comité de Gestion n'a eu d'autre choix que de demander à la famille de rendre la maison. " Nous lui avons accordé plusieurs chances mais une personne en particulier n'a pas voulu faire des efforts ", explique le gérant de Relais Espérance.


CUREPIPE Lutte contre la pauvreté


Vaste projet de Caritas dans les quartiers

Vers un monde sans pauvreté : tel est l'intitulé du vaste projet initié par Caritas à Curepipe, à travers son Service d'Écoute et de Développement à la paroisse Ste-Thérèse, en vue de lutter contre la pauvreté. Le lancement officiel de ce projet est prévu pour bientôt par l'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat.

Le Centre Vers un Monde sans Pauvreté est situé dans le centre paroissial St-Jean, au quartier Joachim/Attlee. Élaboré en deux phases - la première a déjà débuté, alors que la seconde, plus ambitieuse et concernant le logement, est en préparation -, le programme de formation a pour mission " le développement intégral de chaque personne pour qu'elle devienne autonome ".

Le premier volet se décline en plusieurs ateliers de formation dans divers domaines : informatique ; couture, artisanat, cuisine ; gestion d'une petite entreprise ; responsabilité parentale. Ainsi, en juin dernier, l'Atelier Informatique débutait ses activités avec pas moins de 52 élèves. Alors que les autres formations, qui avaient débuté depuis quelques années déjà de manière informelle, prennent maintenant de l'essor, selon un programme plus structuré, auprès de femmes à faibles revenus ou seules avec enfants en bas âge, ou encore celles qui n'ont pu faire des études.

D'une durée de deux ans, la l'Atelier Ensam lamain dan lamain comporte une première année axée sur les valeurs humaines et pratiques : cuisine, couture, pâtisserie, etc. La deuxième année, les participantes apprennent les rudiments de la production, de la création et la gestion d'une petite entreprise, les procédures légales y relatives.

À ce jour, cinq femmes ont bénéficié avec succès de cette formation. Un deuxième groupe de dix nouvelles stagiaires a débuté ces cours à la mi-juin, encadrées par huit formatrices, dont trois nouvellement recrutées.

Cet atelier a l'avantage de s'autofinancer par la vente régulière de ses produits et à travers des commandes. De plus, un plan "Épargne Credit Union" a été créé. Parmi les projets immédiats de l'atelier, le recrutement d'un responsable de projets et l'ouverture d'un local pour la vente des produits après les messes ; l'organisation de causeries par des responsables d'ONG telles l'Association pour la Protection des Emprunteurs Abusés (APEA), EVA et autres credit unions. Cet atelier bénéficie aussi des conseils d'une équipe de petits entrepreneurs qui se réunit régulièrement à cet effet depuis six ans.

Autre composant non négligeable de ce programme de formation : l'École des Parents, dont l'idée initiale émane de la Fédération des cités et quartiers de Curepipe. Elle a pour but d'inculquer aux parents qui en ont besoin une culture de la responsabilité familiale, en leur apprenant à gérer les difficultés de la vie quotidienne. Ces parents ainsi formés seront appelés à identifier et former, à leur tour, les familles à problèmes de leur quartier, de manière à créer une chaîne interrompue de formation parentale au cœur même des communautés de ces quartiers de Curepipe.

" Nous sommes bien conscients qu'il est humainement impossible d'éliminer complètement la pauvreté. Cependant, nous pouvons œuvrer à soulager les familles dans les quartiers pauvres et atténuer leurs difficultés quotidiennes de mille manières ", indique Marie-Hélène Montenot, Permanente du Service d'écoute paroissial. Ainsi, " autour de ce projet de lutte contre la pauvreté, il existe une multitude d'initiatives communautaires telles la prévention de la toxicomanie, l'accompagnement scolaire et familial, etc., dont la finalité est de converger vers un monde, sinon sans pauvreté, du moins où la dignité humaine n'est pas un vain mot. "



La pâtisserie de la solidarité

Dans l'enceinte de Relais Espérance, opère depuis mars dernier une petite pâtisserie gérée par quatre jeunes habitantes de la région. Pointe-aux-Piments ne possédant jusque-là point de pâtisserie, les concepteurs du projet ont eu l'idée d'en ouvrir une, avec un double objectif : pourvoir de l'emploi à des personnes et fournir des gâteaux aux habitants.

Ce projet d'empowerment féminin a pu voir le jour grâce à l'aide financière du programme Anou dibout ansam, sollicité à cet effet, de même que des hôtels de la région qui ont bien voulu leur accorder une formation en pâtisserie.

Les quatre jeunes femmes, qui étaient auparavant ouvrières d'usine et employées d'hôtel et de magasin, se sont dans un premier temps fait la main sur des gâteaux miniatures et confectionnent depuis peu, en expertes, choux à la crème, napolitains, éclairs et autres puits d'amour. Ainsi, ce sont elles qui ont été choisies pour fournir, ce week-end, les 700 brioches nécessaires à la cérémonie de première communion de la paroisse St Jean Marie Vianney.

Récemment, leur plus grosse commande leur est venue des écoles de la région, pour la fourniture de 1 200 gâteaux. " Notre clientèle la plus régulière demeure cependant les fidèles après les messes de dimanche ", indique Virginie Malique, la responsable de la pâtisserie et également accompagnatrice à Relais Espérance. L'argent récolté de la vente des produits est partagé par les quatre employées alors qu'une contribution est également faite au projet de logement social.