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Ile Maurice |
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LE TEMPS
d'être solidaires
Logement social : une lueur d'espoir au Relais Espérance
Depuis dix ans à Pointe-aux-Piments, une alternative-logement
permet à des familles ayant connu des conditions de vie
précaires de prendre un nouveau départ dans la vie.
Mieux, quand ils quittent cet abri temporaire, c'est qu'ils sont
devenus propriétaires de leur logement. Le Relais Espérance
est une magnifique lueur d'espoir pour quelques familles qui ont
eu la chance d'y avoir été accueillies.
En ces temps difficiles sur le plan économique, Guylaine,
la quarantaine, aurait bien voulu contribuer au budget de la famille
mais un problème de santé empêche cette mère
de deux enfants de travailler ; la famille subsiste grâce
aux seuls revenus de son époux qui est jardinier dans un
grand hôtel du nord de l'île. Guylaine ne perd pas
espoir, un avenir meilleur pourrait s'offrir à sa famille.
Elle nous invite à découvrir son " chez
moi ", qui lui donne cet espoir.
Direction : Relais Espérance à Pointe-aux-Piments,
sur le trajet qui mène à l'Hôtel Victoria.
De loin, on aperçoit un ensemble fort attrayant et qui
ne laisse personne indifférent. Il s'agit d'un bloc de
quatre appartements, avec une cour bien entretenue. L'appartement
de Guylaine se trouve à l'étage. Avec un grand sourire
elle nous ouvre la porte et nous convie à prendre place
dans son coin salon/salle à manger. Tout est impeccablement
propre et bien rangé et il ne lui manque rien comme mobilier.
Guylaine, en compagnie de sa petite famille, a emménagé
ici l'année dernière. Pourtant, le couple n'est
ni locataire ni propriétaire de cet espace tout comme les
trois autres familles qui y vivent.
Étape et passage
" Relais Espérance n'est qu'une étape dans
la vie de ces quatre familles. Elles ne sont là que de
passage, le temps de les soutenir dans leurs efforts pour acquérir
un toit bien à eux ", explique Edley Maurer, gérant
de cet abri. Cela fait déjà dix ans que Relais Espérance
a accueilli ses premiers résidents et, depuis, les appartements
sont constamment occupés. L'initiative de ce projet revient
au Diocèse de Port-Louis et s'inscrit dans son combat contre
la pauvreté. La gestion a été confiée
à Caritas - Ile Maurice. Cette intervention de l'église
catholique dans le domaine du logement social est assez méconnue
du grand public.
Les quatre appartements de Relais Espérance sont destinés
aux familles les plus démunies, aux cas les plus désespérés,
qui sans un appui de la société ne pourront jamais
accéder à leur rêve le plus cher - vivre dans
une maison bien à eux. Relais Espérance leur donne
justement cette chance de réaliser ce rêve moyennant
des efforts de leur part pour relever ce défi. "
Nous les accueillons pour une période déterminée
mais nous ne voulons pas en faire des assistés ",
laisse entendre Edley Maurer. Ainsi, au-delà de donner
la possibilité à ces résidents temporaires
d'économiser puisqu'ils ne paient pas de loyer, la philosophie
du projet s'inscrit dans l'insertion socio-économique de
ces familles. Un programme d'accompagnement solide constitue le
socle du projet. Cet accompagnement leur permet de se reconstruire
une vie. Les histoires passées de tous ceux qui ont transité
ces dix dernières années à Relais Espérance
se ressemblent : l'enfer du surendettement, l'emploi instable,
le chômage, la maladie, l'absence d'une certaine discipline
de vie, l'emprise des "casseurs", les ont conduits à
une situation des plus difficiles. Pour d'autres, ce sont les
conflits familiaux qui les ont contraints à aller trouver
refuge ailleurs.
" Nous voulons qu'ils soient autonomes à tous les
niveaux et soient capables d'assumer les responsabilités
au sein de la famille quand ils quittent nos locaux au bout de
deux ans ". On leur apprend, par exemple, comment établir
les priorités et faire un budget. La régularité
des adultes au travail, les notions d'hygiène, l'entretien
de la maison, la présence des enfants à l'école,
la discipline sont autant d'aspects sur lesquels insistent les
encadreurs dans ce programme d'accompagnement.
Les familles sont informées des exigences de ce programme
de soutien et signent un contrat signifiant leur adhésion
aux règlements (voir plus loin). Même si elles ont
quelques petites difficultés au départ à
s'adapter à un nouveau rythme de vie très discipliné,
les familles ne vivent pas leur nouvelle situation comme une contrainte.
En tout cas, chez Guylaine, tout le monde a l'air d'être
heureux. " Ayo nou tre bien mem si pa gagn droi fer gran
gran fet. Dayer nou finn realize azordi ki pa sa ki inportan.
Isi nou finn ariv ekonomize parski kas loyer reste. Avan mo ti
pe pey lakaz Rs 2 700 ", témoigne Guylaine en
présence de ses deux enfants.
Jardin potager
À Relais Espérance, chaque famille a accès
à une vraie maison où elle peut vivre normalement
et en toute sécurité. Chaque appartement comprend
deux chambres à coucher, un living/dining, une salle de
bains, des w.c., une kitchenette et un petit balcon pour ceux
qui sont à l'étage. Pour les résidents qui
arrivent avec très peu d'effets personnels (des vêtements
par exemple), le projet prévoit quelques meubles et des
équipements de cuisine, indispensables. " Bizin
dir mersi parski se enn ti sato ki nou finn gagne pou dezan gratuitman
", affirme Marie-Noëlle, une autre mère de
famille avec cinq enfants à sa charge, et dont l'aîné
a onze ans et la benjamine un an et demi.
Par ailleurs, chaque famille dispose d'un petit jardin potager.
Les adultes sont ravis au vu de leurs récoltes, cela dans
un esprit de partage. En ce moment l'on trouve des choux, des
betteraves, de têtes de laitue, des bringelles, des lalos,
des brèdes et du thym. Et là encore, ce sont quelques
sous économisés qui alimenteront le carnet d'épargne.
Les familles trouvent également au Relais Espérance
écoute et conseil. " Kan ou dan enn problem zot
ekout ou e donn ou osi bann ti konsey ", ajoute Marie
Noëlle. Il y a une présence, presque au quotidien,
d'accompagnateurs auprès de ces familles.
Dix ans d'existence, et Relais Espérance tient toutes ses
promesses. La preuve : les douze familles qui y ont transité
pendant ces dix ans sont devenues des propriétaires, soit
d'un appartement de la National Housing Development Company (NHDC)
ou d'une maisonnette construite sur un terrain cédé
par un membre de la famille. " La plus grande joie pour
l'équipe d'accompagnateurs c'est quand nous les voyons
entrer dans leur propre maison ", dit avec beaucoup d'émotion
Edley Maurer qui continue à leur rendre visite.
Règlements et responsabilité
Le passage des locataires dure deux ans. Et au moment d'accueillir
d'autres résidents les responsables de Relais Espérance
sont submergés de nouvelles demandes, sans compter celles
qui figurent déjà sur la liste d'attente. "
Des paroisses, des travailleurs sociaux, des organismes gouvernementaux
et même des radios privées nous recommandent telle
ou telle famille. Tous sont des cas urgents mais nous sommes obligés
de faire un choix ", indique Edley Maurer. Rappelons
que quatre familles seulement y auront accès. La sélection
est confiée à un comité comprenant les accompagnateurs
sociaux et quelques membres du Comité de gestion de Relais
Espérance. Avant même de parvenir à cette
étape, une équipe d'accompagnateurs - constamment
sur le terrain - commence à procéder à un
exercice d'identification des familles (sans qu'elles en soient
informées), celles qui témoignent d'une "
réelle volonté de s'en sortir " et qui
font des efforts dans cette voie. Être accueilli en résidence
pendant deux ans implique un certain nombre d'exigences fixées
par le comité de gestion, et dont les principales sont
comme suit : le locataire s'engage à trouver un emploi
; à ouvrir un compte de Plan d'Épargne Logement
(PEL) qu'il doit alimenter régulièrement ; à
respecter la vie en communauté ; et à suivre le
programme de formation proposé par Relais Espérance.
Le sens de solidarité entre résidents, le respect
de la tranquillité de l'autre, s'assurer de la scolarité
de leurs enfants figurent aussi dans ce contrat que signe tout
locataire.
Dans l'ensemble, cela s'est bien passé pendant ces dix
années d'expérience. Il n'y a eu qu'un cas face
auquel le Comité de Gestion n'a eu d'autre choix que de
demander à la famille de rendre la maison. " Nous
lui avons accordé plusieurs chances mais une personne en
particulier n'a pas voulu faire des efforts ", explique
le gérant de Relais Espérance.
CUREPIPE Lutte contre la pauvreté
Vaste projet de Caritas dans les quartiers
Vers un monde sans pauvreté : tel est l'intitulé
du vaste projet initié par Caritas à Curepipe, à
travers son Service d'Écoute et de Développement
à la paroisse Ste-Thérèse, en vue de lutter
contre la pauvreté. Le lancement officiel de ce projet
est prévu pour bientôt par l'évêque
de Port-Louis, Mgr Maurice Piat.
Le Centre Vers un Monde sans Pauvreté est situé
dans le centre paroissial St-Jean, au quartier Joachim/Attlee.
Élaboré en deux phases - la première a déjà
débuté, alors que la seconde, plus ambitieuse et
concernant le logement, est en préparation -, le programme
de formation a pour mission " le développement
intégral de chaque personne pour qu'elle devienne autonome
".
Le premier volet se décline en plusieurs ateliers de formation
dans divers domaines : informatique ; couture, artisanat, cuisine
; gestion d'une petite entreprise ; responsabilité parentale.
Ainsi, en juin dernier, l'Atelier Informatique débutait
ses activités avec pas moins de 52 élèves.
Alors que les autres formations, qui avaient débuté
depuis quelques années déjà de manière
informelle, prennent maintenant de l'essor, selon un programme
plus structuré, auprès de femmes à faibles
revenus ou seules avec enfants en bas âge, ou encore celles
qui n'ont pu faire des études.
D'une durée de deux ans, la l'Atelier Ensam lamain
dan lamain comporte une première année axée
sur les valeurs humaines et pratiques : cuisine, couture, pâtisserie,
etc. La deuxième année, les participantes apprennent
les rudiments de la production, de la création et la gestion
d'une petite entreprise, les procédures légales
y relatives.
À ce jour, cinq femmes ont bénéficié
avec succès de cette formation. Un deuxième groupe
de dix nouvelles stagiaires a débuté ces cours à
la mi-juin, encadrées par huit formatrices, dont trois
nouvellement recrutées.
Cet atelier a l'avantage de s'autofinancer par la vente régulière
de ses produits et à travers des commandes. De plus, un
plan "Épargne Credit Union" a été
créé. Parmi les projets immédiats de l'atelier,
le recrutement d'un responsable de projets et l'ouverture d'un
local pour la vente des produits après les messes ; l'organisation
de causeries par des responsables d'ONG telles l'Association pour
la Protection des Emprunteurs Abusés (APEA), EVA et autres
credit unions. Cet atelier bénéficie aussi des
conseils d'une équipe de petits entrepreneurs qui se réunit
régulièrement à cet effet depuis six ans.
Autre composant non négligeable de ce programme de formation
: l'École des Parents, dont l'idée initiale émane
de la Fédération des cités et quartiers de
Curepipe. Elle a pour but d'inculquer aux parents qui en ont besoin
une culture de la responsabilité familiale, en leur apprenant
à gérer les difficultés de la vie quotidienne.
Ces parents ainsi formés seront appelés à
identifier et former, à leur tour, les familles à
problèmes de leur quartier, de manière à
créer une chaîne interrompue de formation parentale
au cur même des communautés de ces quartiers
de Curepipe.
" Nous sommes bien conscients qu'il est humainement impossible
d'éliminer complètement la pauvreté. Cependant,
nous pouvons uvrer à soulager les familles dans les
quartiers pauvres et atténuer leurs difficultés
quotidiennes de mille manières ", indique Marie-Hélène
Montenot, Permanente du Service d'écoute paroissial. Ainsi,
" autour de ce projet de lutte contre la pauvreté,
il existe une multitude d'initiatives communautaires telles la
prévention de la toxicomanie, l'accompagnement scolaire
et familial, etc., dont la finalité est de converger vers
un monde, sinon sans pauvreté, du moins où la dignité
humaine n'est pas un vain mot. "
La pâtisserie de la solidarité
Dans l'enceinte de Relais Espérance, opère depuis
mars dernier une petite pâtisserie gérée par
quatre jeunes habitantes de la région. Pointe-aux-Piments
ne possédant jusque-là point de pâtisserie,
les concepteurs du projet ont eu l'idée d'en ouvrir une,
avec un double objectif : pourvoir de l'emploi à des personnes
et fournir des gâteaux aux habitants.
Ce projet d'empowerment féminin a pu voir le jour
grâce à l'aide financière du programme Anou
dibout ansam, sollicité à cet effet, de même
que des hôtels de la région qui ont bien voulu leur
accorder une formation en pâtisserie.
Les quatre jeunes femmes, qui étaient auparavant ouvrières
d'usine et employées d'hôtel et de magasin, se sont
dans un premier temps fait la main sur des gâteaux miniatures
et confectionnent depuis peu, en expertes, choux à la crème,
napolitains, éclairs et autres puits d'amour. Ainsi, ce
sont elles qui ont été choisies pour fournir, ce
week-end, les 700 brioches nécessaires à la cérémonie
de première communion de la paroisse St Jean Marie Vianney.
Récemment, leur plus grosse commande leur est venue des
écoles de la région, pour la fourniture de 1 200
gâteaux. " Notre clientèle la plus régulière
demeure cependant les fidèles après les messes de
dimanche ", indique Virginie Malique, la responsable
de la pâtisserie et également accompagnatrice à
Relais Espérance. L'argent récolté de la
vente des produits est partagé par les quatre employées
alors qu'une contribution est également faite au projet
de logement social.
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