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Pour continuer à
marquer ses cinq années d’existence, Radio One, la radio
événement, portée par la générosité de ses fidèles auditeurs,
a rempli l’assiettes de cent vingt réfugiés des abris de
l’association Caritas mercredi dernier. Au-delà du geste,
c’est l’élan de solidarité qui restera dans les annales.
Quand on fait de la radio, on apporte de la joie dans
les maisons. Mais à côté, que faisons-nous de plus pour aider
les autres ? La réponse m’a claquée au visage. Aujourd’hui,
j’ai très envie de m’engager auprès de ceux qui ont besoin
d’attention,» explique Daniella Grandcourt.
Comme
elle, Finlay Salesse, Marie-Michèle Etienne, toujours présente
pour défendre les grandes causes, Axel Cheney et Enrico
Chadien, ont été au cœur de l’opération « dîner des tontons».
L’idée, lancée comme cela en début de semaine sur les ondes de
Radio One, a vite fait le tour de l’île et touché le cœur de
milliers d’auditeurs. « C’est incroyable!» se réjouit Finlay
Salesse, « je suis émerveillé par ce formidable élan de
solidarité. Les auditeurs se sont pliés en quatre pour nous
offrir ce qu’ils savent faire de mieux dans leur cuisine. »
Si les mets locaux : carri poisson, bringelle et
faratas, briani, gratin de chouchou, ont rejoint les desserts
les plus originaux, des vermicelles au apple pie, en passant
par l’incontournable gâteau au chocolat, pour finir dans les
assiettes de ces cent vingt sans-abris, c’est tout autour une
véritable chaîne humaine qui s’est mise en place.
Carri poisson et faratas en préparation
Les nombreux animateurs des centres de Port-Louis et
de Saint-Jean n’ont guère ménager leurs efforts. Amédée Blin,
un homme charmant et imposant, a mis son taxi à la disposition
de cette soirée exceptionnelle. Roulant quasiment aux quatre
coins de l’île, il a récupéré les plats, les a transporté pour
les mettre à disposition des tontons. Héléna Nicole, dont le
carri poisson a fait sensation, s’est réveillée aux aurores
pour préparer son carri et ses faratas. Idem pour les autres :
Hedley Allet, Jacqueline Carey et Brigitte François, la
responsable de l’abri de Saint-Jean, qui gère avec le sourire
les trente-cinq tontons de cet établissement.
Pour
tout ce beau monde, le jeu en valait la chandelle. Ce soir-là,
Julien, Clency, Tristan, Alibaye, Yousouf et tous les autres,
ont la peau du ventre bien tendue. Les auditeurs de Radio One
les ont gâté jusqu’à satiété. Yousouf, un ancien drogué, qui a
connu une véritable descente aux enfers, raconte : « Grâce à
ça l’endroit là, mone réprend gout à la vi. Mone réapprane
viv, mone trouv enn travay ek mone régagn mo dignité. Mone
trouv enn fami ek le sourire. Zordi mo enfin héré. Radio One
ine apporte enkor plis soley ek lespwar pou moi, »
raconte-t-il avec un grand sourire.
A l’autre table,
les assiettes sont remplies à ras bord. Le bruit des
fourchettes, le parfum de ces mets préparés avec cœur et
savoir-faire n’arrête pas de titiller les narines. De son
immense sourire, Marie-Michèle Etienne passe de table en table
pour s’assurer que tout le monde est servi. Le sourire est sur
toutes les lèvres. « Il n’y a pas de mot pour décrire cette
joie partagée. Ces tontons réapprennent à vivre ici. Ils
apprennent surtout à retrouver leur dignité après avoir été
longtemps méprisés par les autres. Ils avaient eux-mêmes perdu
tout espoir de retrouver un jour le sourire. Nous ne faisons
qu’apporter un petit plus au gros travail abattu par Brigitte
et les autres animateurs,» explique Marie-Michèle Etienne tout
sourire.
Après avoir terminé leurs assiettes, quelques
tontons, des as du « romi », s’en donnent à cœur joie. Plus
loin, deux autres amoureux du « karom », s’affrontent dans la
bonne humeur. Calés sur des sofas, d’autres encore lisent le
journal ou regardent la télévision. L’ambiance est
chaleureuse. « On les accompagne pour les jeux de société.
C’est une manière de communiqer avec eux, d’être à leur écoute
et de leur donner du temps et de l’attention, et ainsi
instaurer la confiance. Notre objectif c’est de leur permettre
de se reprendre en main. Ca commence par la propreté, du lieu
et leur propre hygiène. Petit à petit ils acceptent l’autorité
et finissent par se sentir comme chez eux ici, » explique la
dynamique Brigitte François.
Plus qu’un refuge, l’abri
de nuit est devenu un véritable foyer pour ces trente-cinq
tontons. Certains pourront bientôt retrouver du travail et
peut-être même leurs familles. En attendant, ce dîner généreux
et gourmand ainsi que la générosité de ces animateurs radio,
marquera leur séjour dans cet endroit qui leur a offert une
nouvelle vie.
Martine
LUCHMUN
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