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Article publié le Mercredi 7 mars
2007. |
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 QUESTIONS À… MAURICE PIAT, ÉVÊQUE DE
PORT-LOUIS “Voir les difficultés de
l’Eglise comme un passage, mais vital pour
l’avenir”
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Face au manque de
relève au niveau des prêtres, monseigneur Piat veut espérer.
Il évoque également le jeûne, le rôle de l’église envers les
pauvres, le ciblage des aides de l’Etat et l’avortement.
● Dans votre
mandement de carême, vous appelez à avoir le courage
d’espérer. A quelles espérances faites-vous allusion ?
Je ne prétends pas donner espoir en préconisant des
solutions. J’invite plutôt à vivre l’espérance au sein même
d’une situation difficile. L’espérance est une attitude
intérieure qui suscite le courage, ouvre à la solidarité. En
ce qui concerne les difficultés que rencontre l’Eglise
actuellement – le départ de cinq jeunes prêtres, le manque de
relève -, il s’agit de renaître à l’espérance. Pour cela, il
faut voir ces difficultés comme un passage douloureux mais qui
peut être vital pour l’avenir. Comme pour la chrysalide, un
vieux cocon doit tomber pour qu’un papillon puisse éclore.
● Après une période de jeûne, quel est ce sentiment
qui donne la sensation d’avoir réalisé son amour de Dieu ?
Quand Jésus a jeûné dans le désert, le diable lui a
suggéré de casser son jeûne. Jésus répond : “L’homme ne vit
pas seulement de pain mais de toute Parole qui sort de la
bouche de Dieu.” Jeûner n’est pas simplement faire un
sacrifice ; c’est surtout manger moins pour être plus attentif
aux personnes et aux relations qui nous font vivre. Pour les
chrétiens, jeûner a pour but de nous rendre plus éveillés à
notre relation avec la personne du Christ et plus disponibles
à l’écoute de la parole de Dieu. C’est comme dans les
relations humaines. Ne dit-on pas des amoureux qu’ils peuvent
vivre d’amour et d’eau fraîche ?
Jeûner
n’est pas simplement faire un sacrifice ; c’est
surtout manger moins pour être plus attentif aux
personnes et aux relations qui nous font
vivre.
● Vos prises de position sur la
subvention aux frais d’examen de SC et de HSC ont suscité
diverses réactions. Pourquoi avoir pris à contre-pied le
Bureau de l’éducation catholique (BEC) ?
C’est
vrai que sous les feux croisés d’une conférence de presse
improvisée immédiatement après la conférence de presse
officielle, où je présentais ma lettre pastorale, j’ai laissé
échapper une petite phrase qui prenait le BEC à contre-pied.
Je le regrette d’autant plus que la divergence de point de vue
entre le BEC et moi ne portait que sur l’opportunité d’un
moratoire d’un an.
Avec le BEC, je reconnais que,
entre les familles qui ont des revenus de Rs 10 000 par mois
et celles qui ont vraiment les moyens de payer les examens, il
y a tout un groupe intermédiaire qui mérite lui aussi d’être
soutenu. Le BEC propose quelques mesures dans ce sens. On
pourrait en imaginer d’autres. Des banques, des mutuelles de
crédit, l’industrie sucrière et d’autres entreprises se
manifestent. J’espère que cette solidarité fera tache d’huile.
Si, malgré tout, on n’arrive pas à une formule satisfaisante,
le moratoire d’un an reste un moindre mal.
Par contre,
nous nous opposons à un retour pur et simple à l’ancienne
formule. Je ne pense pas qu’il soit juste et équitable de
subventionner au même taux ceux qui peuvent payer et ceux qui
ont des revenus de Rs 10 000 ou moins. Cette formule conduit à
pénaliser les plus faibles et à offrir sans aucune raison de
l’argent de poche aux plus favorisés.
● Vous vous
faites l’écho des appels en faveur d’une politique de ciblage
de l’aide sociale de l’Etat. Ne craignez-vous pas de vous
enfermer dans un discours de rationalité économique ?
Oui, je suis pour une formule de ciblage pour les
différentes aides sociales accordées par l’Etat. Il me paraît
plus juste que l’Etat ait une attention particulière pour les
plus faibles et qu’il investisse dans l’empowerment en vue de
les remettre debout. En temps de crise, ce n’est pas le moment
d’accorder des largesses à ceux qui n’en ont pas besoin. Dans
ma lettre pastorale, je dis : “Le passage d’une mentalité de
profiteur à une mentalité solidaire est le seul chemin pour
sortir gagnant de cette crise.” Cette mentalité solidaire ne
concerne pas seulement le comportement de chaque individu.
Elle doit aussi être traduite en termes de système économique
et de politique sociale de l’Etat.
● L’Eglise
catholique a décrété sa vocation en faveur des pauvres.
Comment réalise-t-elle cette mission ?
D’abord par
un effort d’éducation des chrétiens à la doctrine sociale de
l’Eglise. C’est ce que fait l’Ecole pour la solidarité et la
justice, dirigée par Jean-Noël Adolphe. Ensuite, de nombreux
groupes d’église s’engagent dans des domaines qui touchent les
plus vulnérables. Par exemple, le BEC a déployé sa créativité
dans le projet d’éducation prévocationnelle ; Caritas est sur
le front pour faire aboutir le projet Terre Nouvelle pour le
relogement des anciens squatters ; le Centre d’accueil de
Terre-Rouge travaille à la réhabilitation des drogués ; les
soldats de Cassis mènent campagne pour conscientiser par
rapport à la drogue et au sida.
Dans toutes les
paroisses, les membres des services d’écoute sont engagés dans
l’accueil et l’accompagnement des pauvres pour les aider à se
remettre debout. Au-delà de ces engagements, d’autres groupes
d’église – comme le Centre diocésain du monde ouvrier, la
Commission justice et paix, Foi et Vie, les Cadres chrétiens –
réfléchissent sur les causes de la pauvreté et cherchent une
approche économique alternative où la personne est au centre
et où elle est soutenue par des actions de solidarité.
● La Mauritius Family Planning Association a choisi
la Journée de la femme pour relancer le débat sur
l’avortement. Vos commentaires.
L’Eglise
catholique, comme d’autres autorités religieuses, est
fondamentalement opposée à la légalisation de l’avortement.
L’avortement équivaut à un meurtre. La question est de savoir
si un Etat a le droit d’offrir le cadre légal nécessaire pour
autoriser cette suppression de vie dans certaines
circonstances. Légaliser l’avortement, c’est refuser de
respecter le droit à la vie d’un être innocent même si
celui-ci a été conçu dans des circonstances difficiles. C’est
refuser de prendre les moyens nécessaires pour une politique
énergique d’éducation sexuelle. Cela empêcherait que
l’avortement devienne un banal moyen de contraception. C’est
aussi désespérer de la capacité d’une société d’accueillir les
femmes en détresse.
Cela dit, je ne veux ni
culpabiliser ni juger les femmes qui ont pratiqué l’avortement
ou qui y ont été acculées. Nous devons être attentifs à la
détresse qui est souvent à l’origine. Elle nous concerne tous.
Il faut mettre en place des lieux d’écoute et d’entraide où
elles pourraient être accueillies avec sympathie et aidées
concrètement à vivre leur grossesse avec dignité et dans le
respect de la vie qu’elles portent. De tels lieux existent
déjà mais ils ne suffisent pas. C’est ce genre de travail que
l’Etat devrait s’engager à promouvoir et à soutenir.
La question de la légalisation de l’avortement engage
toute la société mauricienne. Un rassemblement est organisé
par le Comité interculturel pour la défense de la vie le 17
mars au Collège St.Mary’s.
Propos recueillis
par Nazim ESOOF
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