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Article publié le Lundi 12 février
2007. |
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 VISAGES Denise et
Gérard Ip Chan In : Soleils de
Roche-Bois
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Ils oeuvrent dans
l’ombre pour enlever la stigmatisation entachant leur région.
Denise et Gérard ont remporté le Roche Bois Award Night dans
la catégorie sociale.
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| Denise et Gérard Ip Chan In ont ouvert leur
maison à une dizaine de Rocheboisiennes analphaphètes,
âgées de 35 à 70 ans. | Ils se
sont, ce matin-là comme chaque matin, levés à quatre heures.
Ils ont préparé, à quatre mains, “grams”, maïs soufflé,
“chipeks”, chips, crabes et tamarin en compote, qu’ils ont
soigneusement mis sous plastique. Gérard a assuré la cuisson
et Denise l’emballage. Auparavant, Gérard s’embarquait dans un
tour de l’île pour écouler ses marchandises. Aujourd’hui, ils
ne travaillent plus que sur commande.
Mais ce
matin-là, il y a autre chose au programme. Après la cuisson,
Denise et Gérard s’en sont allés inviter les Rocheboisiens
d’origine chinoise à faire partie d’une chorale pour la messe
du 18 février, jour du Nouvel An chinois. “Ils sont dispersés,
beaucoup ont émigré. Et la tradition d’une messe le jour de la
Fête du Printemps a disparu. Nous voulons la relancer. En
espérant bien sûr que les Rocheboisiens de toutes origines se
joindront à nous”, explique Denise Ip Chan In.
Cet
engagement religieux nourrit leur sens du service à la
communauté. Denise, qui a toujours été une catholique
fervente, ne rate pas une seule messe. Gérard, lui, était
protestant ; il avait l’habitude de l’accompagner, tout en
l’attendant au fond de l’église mais a fini par s’intéresser à
la signification des célébrations. Et pour que rien ne les
sépare, il a décidé de suivre la religion catholique et de
faire sa confirmation en 1993 pour être en mesure de
communier. C’est quand ils intégreront le mouvement Renouveau
charismatique qu’ils seront invités à s’engager socialement.
Lors d’une réunion à la paroisse de Roche-Bois, le père Robert
Fleurot leur explique le sens réel de l’engagement : “Aller
sur le terrain à l’écoute des jeunes et des moins jeunes dans
le besoin..” Interpellés et désireux de se mettre vraiment au
service des autres, Denise et Gérard s’engagent auprès de
Caritas et encadrent deux fois la semaine des enfants de six à
dix ans à leur sortie de l’école. Gérard lui prête main-forte.
Le couple va plus loin et ouvre sa maison à une
dizaine de Rocheboisiennes analphabètes, âgées de 35 à 70 ans,
à qui il apprend des rudiments d’écriture et de lecture.
“C’était merveilleux la joie de la personne qui avait appris à
signer son nom. Avant, elle ne faisait qu’apposer son pouce
sur les documents officiels. Je me souviens aussi de cette
grand-mère qui soignait tellement son écriture que c’était la
plus belle que nous n’ayons jamais vue. Ces moments-là sont
indescriptibles !”
Le couple, qui fait aussi partie du
Mouvement Pour le Progrès de Roche-Bois, a encore accompagné
pendant quatre ans des enfants de Standard IV à VI, scolarisés
aux Emmanuel Anquetil Government School et Nicolay Government
School. Ils agissent comme intermédiaires entre les parents et
les enfants, veillant à ce que ces derniers ne s’absentent pas
de l’école, les emmenant en excursion et orientant les recalés
vers des collèges dispensant une formation technique. “Cela
n’a pas toujours été facile et de tout repos car ces enfants
n’avaient pas de repères. Mais notre plus grande satisfaction
a été de voir, qu’aujourd’hui, beaucoup de ces enfants sont
encore scolarisés. Ils ont développé un goût pour
l’apprentissage. Mais le plus beau est de les croiser et de
réaliser qu’ils sont devenus responsables et courtois.”
«Une connaissance avait soumis notre nom
comme nominés. S’il n’en tenait qu’à nous, nous aurions
refusé car nous ne recherchons pas la gloire. Nous
sommes des gens simples.»
Leur sens du
service est communicatif. Auparavant, le fils de Denise et
Gérard avait du mal à s’y faire. C’est qu’ils n’avaient pas
d’heure fixe pour rentrer à la maison ! “Nous leur avons
expliqué que notre mission était d’aider les gens et
d’assainir le quartier. Ils nous aident parfois. Le plus drôle
est que ce sont souvent eux qui nous signalent de ne pas
oublier nos réunions.”
« Il est faux de
penser que tous les Rocheboisiens sont des bons à
rien. La réalité est autre. La majorité d’entre
eux tente de sortir de sa condition de miséreux et
lutte pour cela. »
Au niveau de l’église
aujourd’hui, Gérard est non seulement membre de la fabrique,
mais il remplace aussi le sacristain dans ses fonctions
lorsque ce dernier est malade. Denise fait de l’accompagnement
des parents ayant un enfant à baptiser.
Le couple
pratique une politique de portes ouvertes avec les gens du
voisinage. De ce fait, on vient régulièrement frapper chez eux
à toute heure. “Il arrive qu’au 15 du mois, des parents qui
ont une famille nombreuse n’aient plus un sou vaillant en
poche. Gérard et moi faisons un effort ou nous les orientons
vers la Credit Union de Caritas. D’autres cherchent un emploi
et dès que nous entendons dire qu’il y a un poste disponible
quelque part, nous y référons ces personnes.” Il arrive aussi
que des usagers de drogue viennent les trouver. Ils leur
donnent de quoi s’alimenter. “Ils n’ont jamais fait preuve
d’irrespect à notre égard. Ils connaissent notre action et se
montrent toujours corrects envers nous.”
Ils seront
extrêmement surpris lorsque le jury du Roche-Bois Award Nite
(ROBAN) les contactera pour leur annoncer qu’ils sont nominés
dans la catégorie sociale. “C’est là que nous avons appris
qu’une connaissance avait soumis notre nom comme nominés. S’il
n’en tenait qu’à nous, nous aurions refusé car nous ne
recherchons pas la gloire. Nous aimons le travail social et
sommes des gens simples. Mais refuser aurait constitué un
affront pour cette connaissance. Nous nous sommes prêtés au
jeu.”
Ce trophée, ils le dédient aux Rocheboisiens.
Rocheboisiens, Denise et Gérard le sont depuis leur enfance. A
six ans, Denise quitte Moka lorsque sa maison est réduite en
poussière dans un violent cyclone. Et alors qu’il n’a que sept
ans, Gérard perd son père. Comme les gens du quartier, ils ont
vécu modestement. Tous deux n’ont pas poursuivi leurs études
secondaires au-delà de la Form III. Gérard a exercé pendant
plus de dix ans comme commis chez un boutiquier de St-Julien
avant de se mettre à son compte. Et Denise a travaillé pendant
cinq ans comme vendeuse dans un magasin, avant de prêter
main-forte à ses parents qui sont colporteurs.
Proches
des gens de l’endroit, ils savent ce qu’ils valent et qu’ils
peuvent s’en sortir. “Nous sommes fiers de la région. A
Roche-Bois, il n’y a pas que la mort de Kaya et du négatif. Il
est faux de penser que tous les Rocheboisiens sont des bons à
rien. La réalité est autre. La majorité d’entre eux tente de
sortir de sa condition de miséreux et lutte pour cela. Il y a
d’ailleurs plusieurs petits entrepreneurs qui ont réussi à
faire une percée et qui se débrouillent bien. Zot pe saye
trace pou viv. Le seul problème est que beaucoup ne savent pas
où se tourner pour obtenir de l’aide ou des conseils. Nous
essayons dans la mesure du possible d’y pallier. Nous croyons
que le ROBAN permettra justement de faire découvrir le vrai
visage de Roche-Bois et faire apprécier les Rocheboisiens à
leur juste valeur.” Ils demandent aux entreprises privées de
continuer à soutenir la région. “Ce n’est qu’ainsi que
Roche-Bois pourra un jour se mettre debout sur ses jambes…”
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Marie-Annick
SAVRIPÈNE
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