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Le gouvernement est
revenu temporairement sur sa décision d’interrompre la
distribution de pain dans les écoles alors que Rama Sithanen,
ministre des Finances, effectue une campagne en vue de
mobiliser l’investissement étranger.
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| Cette image de la distribution de pain dans une
école redeviendra bientôt familière.
| Il n’est pas toujours facile
de concilier les impératifs économiques avec les exigences
sociales. Le 9 juin, lors du discours du budget, Rama
Sithanen, ministre des Finances, annonce l’abolition de la
distribution de pain dans les écoles primaires. Il se propose
de la remplacer par un système plus rationnel qui vise à
accorder plutôt une aide financière àdes familles qui méritent
vraiment un soutien de l’État.
Si cette démarche suit
la logique de contrôle des dépenses de l’État, elle a été mal
accueillie dans le monde éducatif, ainsi que par les
associations qui œuvrent auprès des familles défavorisées de
la société. « C’est une très mauvaise décision. Il y a de
nombreux enfants qui dépendent de la distribution de pain pour
manger. Un petit à l’estomac vide ne peut pas suivre la
classe. C’est aux directeurs d’école de veiller à ce qu’il n’y
ait pas de gaspillage. Il n’y a rien de mal si un enfant aisé
prend son pain et décide de le donner à un enfant qui est dans
le besoin », assure Yousouf Dauhoo, président de SOS pauvreté.
« La mobilisation de l’opinion publique contre
l’interruption de la distribution de pains dans les écoles a
eu raison du gouvernement. Il a enfin compris que de
nombreuses personnes comptent non seulement sur la
distribution de pain, mais aussi sur la subvention sur les
produits alimentaires de base. Rama Sithanen paie les
conséquences de l’application stricte des recommandations de
la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Il n’a
pas tenu compte du social dans la préparation de son budget »,
estime Georges Legallant, mem-bre de Rezistans ek Alternativ.
Selon Jacques Dinan, président de Caritas île Maurice,
« ce pain est essentiel aux enfants des familles défavorisées.
Bon nombre d’entre elles risquaient de ne pas toucher l’aide
financière envisagée dans le dernier budget à la place de la
distribution de pain. D’autant plus que pour pouvoir en
bénéficier, il faut être abonné au Central Electricity Board,
un des critères requis pour toucher cette aide. Il serait
souhaitable d’entreprendre une étude approfondie pour
déterminer le profil des familles qui ont le plus besoin de
cette aide. Il faut tout faire pour éviter les possibilités de
gaspillage ».
Ce sentiment est partagé par les
dirigeants syndicaux qui, dès le début, se sont opposés à
l’interruption de la distribution du pain. Opposition qui a
abouti à l’organisation d’une marche de protestation, le 5
août, dans la circonscription de l’initiateur Rama Sithanen.
Toolsiraj Benydin, porte-parole de la plateforme
syndicale instituée pour protester contre la hausse des prix
de plusieurs commodités et l’enlèvement des subventions sur
les produits alimentaires de base, lance un appel pour qu’il
n’y ait pas de gaspillage.
« Nous avons en tête de
combattre la pauvreté sous toutes ses formes. La marche du
pain que nous avons organisée le 5 août pour manifester notre
désapprobation face, entre autres, à la hausse des prix, a
porté ses fruits. Cela nous encourage à poursuivre notre
combat. »
La rupture parfois douloureuse
Pour Vinod Seegum, président de la Government
Teachers’Union (GTU), c’est une grande victoire. « Depuis le
début, nous avons contesté cette mesure. Avant d’être
syndicaliste, je suis enseignant. Les enfants utilisent le
pain qu’on leur donne. S’ils ne le consomment pas à l’école,
ils le font à la maison. Cela s’applique même dans les régions
où le niveau de vie est relativement élevé. La question du
gaspillage ne se pose pas. La preuve est que la distribution
de pain pour 2005-2006 a coûté Rs 16,9 millions au lieu des Rs
26 millions initialement prévues dans le budget. »
Bhoseduth Ramsohok, président de la Mauritius Head
Teachers’Association (MHTA), est favorable au retour à
l’ancien système. « On ne peut pas créer deux catégories
d’enfants dans une même classe. Les enfants sont les enfants.
Ils ne pensent pas en termes de la classe à laquelle ils
appartiennent ou en termes de celle qui est dans le besoin. »
L’issue des débats autour de la distribution de pain
dans les écoles reflète parfaitement la difficulté que
rencontre Rama Sithanen pour faire accepter l’approche adoptée
dans son budget, qui préconise une véritable rupture, parfois
douloureuse, avec des habitudes que la conjoncture économique
n’autorise plus.
« Sithanen a été un peu trop loin »,
explique un proche du pouvoir qui refuse de parler à visage
découvert. Comme quoi en politique, il y a des raisons que
l’économie ignore encore.
36 ans de
pratique
En décidant d’interrompre la distribution
de pain dans les écoles, le 9 juin, Rama Sithanen a mis un
terme à une pratique introduite il y a 36 ans sous l’égide du
Programme alimentaire mondial (Pam). Cette aide consistait à
donner aux écoliers une tasse de lait, du pain, du fromage et
des fruits secs. Le but était d’encourager les enfants qui
n’avaient pas les moyens de bien se nourrir et d’être présents
en classe pour leur permettre de réaliser une performance
acceptable.
En 1996, le Programme alimentaire mondial
se retire de Maurice, estimant que la performance économique
du pays ne justifie plus sa présence. Les raisons avancées par
le gouvernement de l’époque pour justifier le maintien du
programme ne vont pas convaincre les dirigeants du Pam. Le
gouvernement, conscient de l’importance de cette aide, va
contre vents et marées subventionner la distribution du pain.
Près de 104 620 écoliers répartis dans 247 institutions sont
touchés. Cette aide a coûté Rs 16,9 millions en 2005-2006. Il
faut souligner, à la décharge de Rama Sithanen, qu’il a voulu
réorienter cette aide dans le but de rationaliser les dépenses
de l’État. Sa formule consiste à établir le profil des
familles auxquelles cette aide devrait être attribuée. Pas de
distribution, certes, mais à la place le versement d’une
allocation aux familles méritantes. L’approche est noble mais,
péche par son incapacité à tenir compte de certains facteurs
déterminants, tels que l’impossibilité pour certaines familles
d’être abonnées au CEB, ce qui les élimine de facto.
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