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Article publié le Mardi 20 février 2007.


YVETTE MALOT
La lutte d’une femme pour un toit


Yvette, heureuse propriétaire, en compagnie de son fils.
Yvette, heureuse propriétaire, en compagnie de son fils.
Il est de ces femmes dans la peine qui, lorsqu’elles ont une idée en tête, y mettent toute leur énergie pour la concrétiser. C’est le cas d’Yvette Malot, 61 ans, qui a réussi au prix d’énormes efforts et sacrifices, à avoir sa maison en dur sur un terrain en pente à la rue Mgr Leen, à Port-Louis.

La maison n’est pas grande. Ses murs externes ne sont toujours pas crépis. Le terrain, pentu, ne facilite pas les déplacements de la chaise roulante de Noël, son fils adulte, né avec un handicap moteur. Yvette n’en a cure. Qu’il pleuve, qu’il tonne, que le temps soit cyclonique, elle n’a plus rien à craindre car elle vit désormais dans une maison qui ne risque pas de s’envoler.

Comme à bien d’autres gens, la vie n’a pas été tendre envers elle. L’usine dans laquelle elle a travaillé pendant 17 ans ferme subitement ses portes. Elle ne perçoit que Rs 10 000 d’indemnités. Son mari qui lui donne trois enfants, dont l’aîné présente un handicap moteur, l’abandonne un beau jour. Elle doit multiplier les ménages et les repassages pour pouvoir nourrir les petits.

Mais malgré cette vie de labeur, Yvette préfère voir le bon côté des choses puisqu’elle déclare qu’à l’époque, “lavi pa ti dir kouma asterla”. La maison en tôle et bois qu’elle loue dans un premier temps à la rue Mgr Leen, prend feu. Une partie de son mobilier part en fumée et Yvette doit le remplacer par d’autres meubles achetés à tempérament. Elle emménage une autre maison en bois et tôle à la route Cassis, vis-à-vis de la compagnie White Sand Tours. “Lakaz la ti bien kasiet mo la pli ek soley. Me ler siklon arive, bisin sove ale.”

Grâce à ses demandes auprès d’Ariane Navarre-Marie, à l’époque ministre de la Femme, Yvette obtient ce lopin de terre de l’État situé à la rue Monseigneur Leen. Elle sait qu’elle n’ira pas bien loin avec le cumul de l’argent de ses indemnités et du cycle dans lequel elle contribue et qui équivaut à Rs 100 000.

Elle se rend au service d’Ecoute de Caritas Cassis dont elle a beaucoup entendu parler et évoque ses difficultés avec Jocelyne Joseph, la responsable. Celle-ci lui parle du Credit Union de Caritas. Ce mouvement prête de l’argent aux plus pauvres. Fonds remboursables sans intérêt. Elle demande un emprunt de Rs 5 000 qu’elle obtient.

Avec la totalité de l’argent dont elle dispose, elle arrive à faire couler la dalle et à ériger une structure sommaire en béton. Mais malgré le cumul de l’argent gagné de ses ménages et de la pension d’invalidité de son fils, elle ne parvient pas à amasser suffisamment d’argent pour faire mettre des fenêtres, s’occuper des installations électriques et placer des canalisations.

Jocelyne Joseph qui vient jeter un coup d’œil à la maison, réalise qu’Yvette a besoin d’un autre emprunt que des professionnels qu’elle consulte évaluent à près de Rs 50 000. Caritas avance la somme. C’est ainsi qu’Yvette peut compléter la maison et la rendre habitable. Depuis, elle la garde propre comme un sou neuf.

La sexagénaire se fait un devoir de rembourser Rs 500 mensuellement à Caritas Cassis. Mais Jocelyne Joseph explique que même si la somme mensuelle remboursée est inférieure, Caritas n’est pas exigeant. “Même si elle rembourse moins au cours d’un mois, l’important est qu’elle rembourse car tout argent remboursé servira à d’autres dans le besoin.”

La chance est venue donner un coup de pouce à Yvette sous forme d’une société de panneaux d’affichages géants. Le directeur lui a proposé d’installer un panneau d’affichage dans sa cour contre paiement annuel de Rs 11 000. Yvette a bien entendu accepté. Cela l’aide dans ses remboursements divers. “Depi troi zan, mo pe lite. Mo kroir si enn dimounn envi fer kitsoz, li pa difisil si li met tou so lenerzi ladan. Caritas inn ouver enn cimin pou moi. Zordi personn napli kapav met moi dehor.”


Marie-Annick SAVRIPÈNE

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