Mardi 24 avril 2007 - No. 16133

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HUMAN STORY
Paulette Domaingue et ses enfants en quête d’un toit


À la rue depuis novembre, Paulette Domaingue, une veuve avec ses enfants, réussit à louer à bail une portion de terre de l’État. Or, ledit terrain est déjà occupé. Depuis, Paulette fait le va-et-vient entre l’abri sommaire où elle loge et le ministère du Logement où elle s’entend toujours dire que le nécessaire sera fait.

Drôle d’habitation que celle où survivent Paulette Domaingue, 45 ans, et ses cinq enfants à la rue des Bénitiers, Roche-Bois. Cette famille cache en effet son intimité dans une caravane de construction d’environ huit pieds, gracieusement fournie par la firme Manser-Saxon et sur le toit duquel a été attachée une bâche bleue, cadeau d’un passant charitable lors de grosses averses. Ce campement improvisé se termine par une tente kaki de scouts, don d’un réfugié du centre social au même titre que Paulette durant le cyclone Gamede.

Mais même si la quadragénaire et ses enfants n’ont pas de maison, ils ont le sens de la propreté et de l’hygiène. Les coussins de leurs anciens fauteuils sont entreposés en pile rangée sur un meuble dans la caravane de construction.

Leurs effets personnels sont placés en ordre sur une table sous la bâche bleue. Les vêtements qu’ils portent paraissent certes élimés mais sont propres. Paulette a d’ailleurs conservé ses bons réflexes de cuisinière puisqu’un fichu propre recouvre sa chevelure. Elle a cependant les traits tirés d’une insomniaque.

Elle l’admet. “Asoir, mo pa dormi. Mo pa gaign somey. Mo dimann moi kan mo pou sort la, kan mo pou gaign mo lape ek mo trankilite. Mo pa kapav travay parski mo pa kapav kit latant ek mo bann zenfan ki ankor tipti enbala. Afors dormi lor simin, zot finn gaign lagratel e lekol pa le repran zot tan ki zot pa gueri. Monn gaign de boutey meksinn e bisin soign zot. Dimounn panse bann Roche-Bois nek konn tape ravann, dans sega ek pa pran zot piti kont. Li pa vre ! Mo anvi pran mo bann piti kont me lakoz tou sa bann problem la, mo pa pe kapav okip zot bien. Komie banane mo pou viv koum sa ?” se demande-t-elle, au bord des larmes.

La vie de Paulette n’a pas toujours été aussi amère. Elle a certes perdu son mari alors qu’elle était encore jeune mariée. Il est tout aussi vrai que son deuxième compagnon l’a abandonnée après lui avoir fait deux enfants. Mais elle a toujours réussi à se tirer d’affaire matériellement en faisant des ménages par-ci, par-là et en trouvant des maisons à louer.


“Mo dimann moi kan mo
pou sort la, kan mo pou gaign
mo lape ek mo trankilite. (...)
Afors dormi lor cimin, bann zenfan
finn gaign lagratel e lekol
pa le repran zot tan
ki zot pa gueri !”



Ces deux dernières années, elle a loué pour Rs 2 000 une maison de deux chambres à coucher à la rue Bénitiers, Roche-Bois. Elle perçoit une allocation mensuelle de nécessiteuse de Rs 2 925 versée par la Sécurité sociale mais pour avoir des rentrées d’argent régulières, Paulette décide de vendre des aliments qu’elle prépare au coin de sa rue. Les passants apprécient les pains frits, mines, halim et briyani qu’elle prépare. “Sa ti pe bien marse”, raconte-t-elle.

Jusqu’au jour où sa propriétaire décide de récupérer sa maison. Il paraît que c’est pour en faire un go-down. C’était l’an dernier. Alarmée, Paulette dit avoir battu les rues de Roches-Bois, de Ste-Croix, de Cité-La-Cure où vit sa sœur et même les rues de Baie-du-Tombeau pour trouver un logement. Sans succès. Certains propriétaires disent avoir déjà eu des locataires. “Ena get ou dan ou lizie e dir ou zot pa pou loue parski ou ena zenfan.”

C’est vrai que Paulette a une famille nombreuse. En sus de ses cinq enfants, sa fille aînée qui est majeure est aussi mère de deux enfants en bas âge et a été larguée par son compagnon. Comme Paulette ne bouge toujours pas, sa propriétaire s’en remet au magistrat et la quadragénaire finit par recevoir un ordre d’éviction. Ses affaires sont mises à la rue. Elle n’est plus en mesure de préparer ses beignets et autres plats cuisinés.

Paulette s’en remet à Caritas du quartier. Sabrina Utile, responsable du Service d’écoute de Caritas de Roche-Bois, effectue des démarches auprès de différentes entreprises et c’est ainsi que Manser-Saxon offre la caravane de construction. Un des habitants de la rue accepte que la caravane soit installée devant sa porte. Un autre autorise Paulette et les siens à utiliser sa douche et ses toilettes… contre paiement d’une allocation mensuelle de Rs 248. Et pour noircir davantage le tableau, la Sécurité sociale lui coupe Rs 600 de son allocation de nécessiteuse du fait... qu’elle n’a plus de loyer à payer !

En se rendant au Citizens’ Advice Bureau, Paulette qui est désemparée, réussit à rencontrer Asraf Dulull, ministre du Logement et des Terres et à lui exposer son cas. Le ministre visite son habitation précaire et touché par son cas, il lui propose la location d’un terrain de 168 mètres carrés à Cité-La-Cure. Paulette règle la somme due, soit Rs 85,89 et obtient son papier de locataire le 14 décembre dernier.

Elle croit son calvaire enfin terminé et fait ses plans. Elle se dit qu’elle peut désormais construire sa maison en contractant un emprunt auprès de Caritas de Roche-Bois. Or, lorsqu’elle va visiter ledit terrain, elle est stupéfaite de voir qu’il y a “enn lakaz lor la e ki terain la bare ar tol partou”. La maison semble fermée à double tour.

Lorsqu’elle y retourne un samedi, elle croise un homme à qui elle montre son contrat de location. Celui-ci lui réplique vertement qu’il en a également un et lui conseille “ris kales ale”. Paulette prend peur et va rapporter le cas au poste de police de la localité, avant de s’en retourner au ministère du Logement pour tout raconter.

Depuis, elle n’arrête pas de se rendre au ministère pour trouver une solution. “Enn misie inn dir moi mo pe fatig zot. Mo pa konpran kouma arpenter minister pa finn trouve ki ena deza enn dimounn ki abit lor terain monn paye. Monn fatigue al minister. Sa dernie sis mois la, mo pa finn asize ditou. Zot inn plein truv moi laba.”

Son insistance s’avère payante, du moins verbalement car on lui promet un autre terrain à Baie-du-Tombeau qu’elle va d’ailleurs visiter en compagnie de fonctionnaires du ministère. Elle est conquise. “Ti enn zoli terain.” Avant de s’entendre dire qu’il y a un mur construit sur ledit terrain et qu’il appartient à la police de l’Environnement de le faire démolir.

Au final, on lui promet de faire déloger la personne qui occupe son terrain à Cité-La-Cure. Des procédures légales qui risquent de s’éterniser. En attendant, elle et les siens seront toujours à la rue. “Li inhumain ki enn dimounn rest lor lari sis moi. Sakenn pe tir so kanet dan zoue. Ou nek truv teign partou. Dimounn pe zoue ar moi.” (L’attaché de presse du ministre Dulull était injoignable hier).

Paulette n’est pas au bout de ses peines car le voisin qui avait accepté qu’elle s’installe devant sa porte, demande désormais qu’elle plie bagages car il doit y jeter ses matériaux de construction. Il s’en est d’ailleurs remis à la police qui n’arrête pas de demander à Paulette quand elle compte bouger. “Mo napli kone ki mo pou fer…”




Marie-Annick SAVRIPÈNE

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