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À la rue depuis
novembre, Paulette Domaingue, une veuve avec ses enfants,
réussit à louer à bail une portion de terre de l’État. Or,
ledit terrain est déjà occupé. Depuis, Paulette fait le
va-et-vient entre l’abri sommaire où elle loge et le ministère
du Logement où elle s’entend toujours dire que le nécessaire
sera fait.
Drôle d’habitation que celle où survivent Paulette
Domaingue, 45 ans, et ses cinq enfants à la rue des Bénitiers,
Roche-Bois. Cette famille cache en effet son intimité dans une
caravane de construction d’environ huit pieds, gracieusement
fournie par la firme Manser-Saxon et sur le toit duquel a été
attachée une bâche bleue, cadeau d’un passant charitable lors
de grosses averses. Ce campement improvisé se termine par une
tente kaki de scouts, don d’un réfugié du centre social au
même titre que Paulette durant le cyclone Gamede.
Mais
même si la quadragénaire et ses enfants n’ont pas de maison,
ils ont le sens de la propreté et de l’hygiène. Les coussins
de leurs anciens fauteuils sont entreposés en pile rangée sur
un meuble dans la caravane de construction.
Leurs
effets personnels sont placés en ordre sur une table sous la
bâche bleue. Les vêtements qu’ils portent paraissent certes
élimés mais sont propres. Paulette a d’ailleurs conservé ses
bons réflexes de cuisinière puisqu’un fichu propre recouvre sa
chevelure. Elle a cependant les traits tirés d’une
insomniaque.
Elle l’admet. “Asoir, mo pa dormi. Mo pa
gaign somey. Mo dimann moi kan mo pou sort la, kan mo pou
gaign mo lape ek mo trankilite. Mo pa kapav travay parski mo
pa kapav kit latant ek mo bann zenfan ki ankor tipti enbala.
Afors dormi lor simin, zot finn gaign lagratel e lekol pa le
repran zot tan ki zot pa gueri. Monn gaign de boutey meksinn e
bisin soign zot. Dimounn panse bann Roche-Bois nek konn tape
ravann, dans sega ek pa pran zot piti kont. Li pa vre ! Mo
anvi pran mo bann piti kont me lakoz tou sa bann problem la,
mo pa pe kapav okip zot bien. Komie banane mo pou viv koum sa
?” se demande-t-elle, au bord des larmes.
La vie de
Paulette n’a pas toujours été aussi amère. Elle a certes perdu
son mari alors qu’elle était encore jeune mariée. Il est tout
aussi vrai que son deuxième compagnon l’a abandonnée après lui
avoir fait deux enfants. Mais elle a toujours réussi à se
tirer d’affaire matériellement en faisant des ménages par-ci,
par-là et en trouvant des maisons à louer.
“Mo
dimann moi kan mo pou sort la, kan mo pou gaign mo
lape ek mo trankilite. (...) Afors dormi lor cimin, bann
zenfan finn gaign lagratel e lekol pa le repran zot
tan ki zot pa gueri !”
Ces deux dernières
années, elle a loué pour Rs 2 000 une maison de deux chambres
à coucher à la rue Bénitiers, Roche-Bois. Elle perçoit une
allocation mensuelle de nécessiteuse de Rs 2 925 versée par la
Sécurité sociale mais pour avoir des rentrées d’argent
régulières, Paulette décide de vendre des aliments qu’elle
prépare au coin de sa rue. Les passants apprécient les pains
frits, mines, halim et briyani qu’elle prépare. “Sa ti pe bien
marse”, raconte-t-elle.
Jusqu’au jour où sa
propriétaire décide de récupérer sa maison. Il paraît que
c’est pour en faire un go-down. C’était l’an dernier. Alarmée,
Paulette dit avoir battu les rues de Roches-Bois, de
Ste-Croix, de Cité-La-Cure où vit sa sœur et même les rues de
Baie-du-Tombeau pour trouver un logement. Sans succès.
Certains propriétaires disent avoir déjà eu des locataires.
“Ena get ou dan ou lizie e dir ou zot pa pou loue parski ou
ena zenfan.”
C’est vrai que Paulette a une famille
nombreuse. En sus de ses cinq enfants, sa fille aînée qui est
majeure est aussi mère de deux enfants en bas âge et a été
larguée par son compagnon. Comme Paulette ne bouge toujours
pas, sa propriétaire s’en remet au magistrat et la
quadragénaire finit par recevoir un ordre d’éviction. Ses
affaires sont mises à la rue. Elle n’est plus en mesure de
préparer ses beignets et autres plats cuisinés.
Paulette s’en remet à Caritas du quartier. Sabrina
Utile, responsable du Service d’écoute de Caritas de
Roche-Bois, effectue des démarches auprès de différentes
entreprises et c’est ainsi que Manser-Saxon offre la caravane
de construction. Un des habitants de la rue accepte que la
caravane soit installée devant sa porte. Un autre autorise
Paulette et les siens à utiliser sa douche et ses toilettes…
contre paiement d’une allocation mensuelle de Rs 248. Et pour
noircir davantage le tableau, la Sécurité sociale lui coupe Rs
600 de son allocation de nécessiteuse du fait... qu’elle n’a
plus de loyer à payer !
En se rendant au Citizens’
Advice Bureau, Paulette qui est désemparée, réussit à
rencontrer Asraf Dulull, ministre du Logement et des Terres et
à lui exposer son cas. Le ministre visite son habitation
précaire et touché par son cas, il lui propose la location
d’un terrain de 168 mètres carrés à Cité-La-Cure. Paulette
règle la somme due, soit Rs 85,89 et obtient son papier de
locataire le 14 décembre dernier.
Elle croit son
calvaire enfin terminé et fait ses plans. Elle se dit qu’elle
peut désormais construire sa maison en contractant un emprunt
auprès de Caritas de Roche-Bois. Or, lorsqu’elle va visiter
ledit terrain, elle est stupéfaite de voir qu’il y a “enn
lakaz lor la e ki terain la bare ar tol partou”. La maison
semble fermée à double tour.
Lorsqu’elle y retourne un
samedi, elle croise un homme à qui elle montre son contrat de
location. Celui-ci lui réplique vertement qu’il en a également
un et lui conseille “ris kales ale”. Paulette prend peur et va
rapporter le cas au poste de police de la localité, avant de
s’en retourner au ministère du Logement pour tout raconter.
Depuis, elle n’arrête pas de se rendre au ministère
pour trouver une solution. “Enn misie inn dir moi mo pe fatig
zot. Mo pa konpran kouma arpenter minister pa finn trouve ki
ena deza enn dimounn ki abit lor terain monn paye. Monn
fatigue al minister. Sa dernie sis mois la, mo pa finn asize
ditou. Zot inn plein truv moi laba.”
Son insistance
s’avère payante, du moins verbalement car on lui promet un
autre terrain à Baie-du-Tombeau qu’elle va d’ailleurs visiter
en compagnie de fonctionnaires du ministère. Elle est
conquise. “Ti enn zoli terain.” Avant de s’entendre dire qu’il
y a un mur construit sur ledit terrain et qu’il appartient à
la police de l’Environnement de le faire démolir.
Au
final, on lui promet de faire déloger la personne qui occupe
son terrain à Cité-La-Cure. Des procédures légales qui
risquent de s’éterniser. En attendant, elle et les siens
seront toujours à la rue. “Li inhumain ki enn dimounn rest lor
lari sis moi. Sakenn pe tir so kanet dan zoue. Ou nek truv
teign partou. Dimounn pe zoue ar moi.” (L’attaché de presse du
ministre Dulull était injoignable hier).
Paulette
n’est pas au bout de ses peines car le voisin qui avait
accepté qu’elle s’installe devant sa porte, demande désormais
qu’elle plie bagages car il doit y jeter ses matériaux de
construction. Il s’en est d’ailleurs remis à la police qui
n’arrête pas de demander à Paulette quand elle compte bouger.
“Mo napli kone ki mo pou fer…”

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