Mercredi 29 novembre 2006 - No. 15987

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40E ANNIVERSAIRE DE CARITAS
Rosemay, du désespoir à la fierté


Les machines achetées avec l’aide du Trust Fund permettent à Rosemay Spéville de joindre les deux bouts.
Les machines achetées avec l’aide du Trust Fund permettent à Rosemay Spéville de joindre les deux bouts.
Cette mère de famille était désespérée, elle ne pouvait plus nourrir sa famille. Elle a même songé au suicide. Sa vie a changé depuis qu’elle a rencontré cette ONG.

“Mo fatige marse enn la zourne wi. Me si mo kone mo pou kapav gagn sink roupi parsi, parla, mo pou al rod li”, confie Rosemay Spéville, le visage marqué par la fatigue. La quinquagénaire a de quoi être éreintée. Jeudi, comme elle le fait habituellement deux autres jours de la semaine, elle s’est levée à 5 heures pour se rendre à la vente à l’encan de légumes à Camp-Yoloff.

Elle y a acheté tout un lot de brèdes, de concombres et d’aubergines qu’elle a ramenés à cité Roche-Bois à bord d’une poussette d’enfant, transformée en chariot.

Rosemay a ensuite empoigné quelques vêtements d’enfants et d’adultes confectionnés par elle, emporté aussi les confits de concombre, de mangues, les épis de maïs et les pistaches qu’elle a fait bouillir dans la matinée. Elle a fait le tour des maisons de la cité pour écouler ces produits. Comme elle n’a pu tout vendre, ses pieds pourtant lourds de fatigue l’ont menée à Baie-du-Tombeau où elle a répété l’exercice avant de rentrer pour accomplir ses tâches domestiques. “Enn dan lot nou pe resi ranbours mo det e sirviv”, dit-elle.

Rosemay partage la vie de Jacques Némorin, un charpentier. Ils ont trois enfants, âgés de 15, 13 et dix ans. Rosemay n’a pas toujours tiré le diable par la queue. Douée pour la couture, elle travaillait comme machiniste dans une usine à Quatre-Bornes. Elle comptait 11 ans de service quand un soir, au retour d’heures supplémentaires, le véhicule de l’usine, ramenant les employés, a un accident.

Rosemay reçoit un coup violent à la colonne vertébrale, qui s’en trouve décalée. A tel point que malgré les nombreux traitements payés par la direction de l’usine, elle n’est plus en mesure de travailler comme machiniste. “Dokter inn dekonsey mwa refer sa travay la.”


Vendre du “bilimbi” caramélisé

Ce mauvais tour du sort appauvrit le budget familial mais Rosemay et les siens subsistent tant bien que mal sur le salaire de son compagnon. Mais, il y a deux ans, ce dernier perd son emploi et a du mal à en trouver un autre. Le couple épuise bientôt ses ressources. Rosemay voit s’accumuler les factures d’eau et d’électricité. On lui coupe le téléphone pour non-paiement des montants dus. Rosemay touche le fond un 1er janvier : il n’y a plus rien à manger à la maison. Courageuse, elle décide de demander à sa voisine de la laisser cueillir des bilimbis, qu’elle caramélise.

La voisine accède à la requête. Rosemay va s’installer sous la boutique du coin, avec l’autorisation du propriétaire, pour vendre sa compote jusqu’à 22 heures. Avec les quelques roupies qu’elle en tire, elle achète deux livres de riz et des brèdes qui constituent leur repas du soir. Ses enfants acceptent mal ce nouveau régime alimentaire. Le lendemain, Rosemay répète l’opération, le surlendemain aussi et ainsi de suite pendant trois mois. L’argent qu’elle obtient suffit tout juste à les nourrir.

Lorsque les fruits ne sont plus de saison et que les factures s’amoncellent, elle prend peur et frise le désespoir. “Mo pa pou kasiet ou, mo ti deza anvi zet mo lekor anba enn bis. Si pa ti ena Caritas, mo ti pou suisid mwa”, avoue-t-elle.

C’est une voisine qui la réfère au Service d’écoute et de développement de Caritas dont la permanence est à l’église de l’Assomption à Roche-Bois. Elle y rencontre Sabrina Utile, responsable du service, à qui elle ouvre son cœur. “Sabrina inn donn mwa koud min plore”, se remémore Rosemay qui se voit ce jour-là offrir un colis alimentaire. Ce service approche quelques personnes généreuses, lesquelles acceptent de se charger des factures de Rosemay. Mais cette dernière n’a pas une mentalité d’assistée et refuse d’être entretenue sur le long terme.

Elle laisse entendre à Sabrina qu’elle aurait bien voulu posséder des machines à coudre et confectionner du linge de maison qu’elle vendrait ensuite. La responsable du service lui écrit un projet qu’elles soumettent au Trust Fund for the Rehabilitation of Vulnerable Groups dans le but d’obtenir un financement sous le plan de micro-crédit. Le projet est approuvé et Rosemay peut décaisser la somme de Rs 35 000 qui lui permet d’acheter deux machines à coudre et quelques ballots de tissus.


“Elle n’a jamais baissé les bras”

C’est ainsi qu’elle se met à confectionner des draps et des taies d’oreiller, de même que du prêt-à-porter basique pour enfants et adultes. Et pour arrondir ses fins de mois, elle revend les légumes qu’elle achète à l’encan ainsi que ses confits et compotes. Cette débrouillardise lui permet de rembourser mensuellement l’emprunt qu’elle a contracté auprès du Trust Fund et un autre pris de la Credit Union de Caritas, lequel lui a permis de se rendre à Rodrigues pour embrasser sa mère mourante.

“Kan mo pou fini pey mo masinn, nou lavi pou ameliore plis, mo kone sa”, assure Rosemay. De son côté, Sabrina est admirative devant l’esprit combatif de la quinquagénaire. “Elle n’a jamais baissé les bras. Nous l’avons, certes, aidée mais elle a aussi mis du sien.”

Aujourd’hui, Rosemay n’est pas peu fière d’Isabelle, sa fille de 13 ans, qui fréquente le collège Bhujoharry et qui a décroché la médaille de bronze en basket-ball aux derniers jeux de la Commission jeunesse et sports océan Indien. Elle exhibe un exemplaire de La Vie Catholique qui a consacré une page à sa fille en septembre dernier. “Mo fier : mo pa finn bes lebra e zordi mo tifi lor lagazet…”


Marie-Annick SAVRIPÈNE


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