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 40E
ANNIVERSAIRE DE CARITAS Rosemay, du
désespoir à la fierté
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| Les machines achetées avec l’aide du Trust Fund
permettent à Rosemay Spéville de joindre les deux
bouts. | Cette mère de famille
était désespérée, elle ne pouvait plus nourrir sa famille.
Elle a même songé au suicide. Sa vie a changé depuis qu’elle a
rencontré cette ONG.
“Mo fatige marse enn la zourne
wi. Me si mo kone mo pou kapav gagn sink roupi parsi, parla,
mo pou al rod li”, confie Rosemay Spéville, le visage marqué
par la fatigue. La quinquagénaire a de quoi être éreintée.
Jeudi, comme elle le fait habituellement deux autres jours de
la semaine, elle s’est levée à 5 heures pour se rendre à la
vente à l’encan de légumes à Camp-Yoloff.
Elle y a
acheté tout un lot de brèdes, de concombres et d’aubergines
qu’elle a ramenés à cité Roche-Bois à bord d’une poussette
d’enfant, transformée en chariot.
Rosemay a ensuite
empoigné quelques vêtements d’enfants et d’adultes
confectionnés par elle, emporté aussi les confits de
concombre, de mangues, les épis de maïs et les pistaches
qu’elle a fait bouillir dans la matinée. Elle a fait le tour
des maisons de la cité pour écouler ces produits. Comme elle
n’a pu tout vendre, ses pieds pourtant lourds de fatigue l’ont
menée à Baie-du-Tombeau où elle a répété l’exercice avant de
rentrer pour accomplir ses tâches domestiques. “Enn dan lot
nou pe resi ranbours mo det e sirviv”, dit-elle.
Rosemay partage la vie de Jacques Némorin, un
charpentier. Ils ont trois enfants, âgés de 15, 13 et dix ans.
Rosemay n’a pas toujours tiré le diable par la queue. Douée
pour la couture, elle travaillait comme machiniste dans une
usine à Quatre-Bornes. Elle comptait 11 ans de service quand
un soir, au retour d’heures supplémentaires, le véhicule de
l’usine, ramenant les employés, a un accident.
Rosemay
reçoit un coup violent à la colonne vertébrale, qui s’en
trouve décalée. A tel point que malgré les nombreux
traitements payés par la direction de l’usine, elle n’est plus
en mesure de travailler comme machiniste. “Dokter inn dekonsey
mwa refer sa travay la.”
Vendre du “bilimbi”
caramélisé
Ce mauvais tour du sort appauvrit le
budget familial mais Rosemay et les siens subsistent tant bien
que mal sur le salaire de son compagnon. Mais, il y a deux
ans, ce dernier perd son emploi et a du mal à en trouver un
autre. Le couple épuise bientôt ses ressources. Rosemay voit
s’accumuler les factures d’eau et d’électricité. On lui coupe
le téléphone pour non-paiement des montants dus. Rosemay
touche le fond un 1er janvier : il n’y a plus rien à manger à
la maison. Courageuse, elle décide de demander à sa voisine de
la laisser cueillir des bilimbis, qu’elle caramélise.
La voisine accède à la requête. Rosemay va s’installer
sous la boutique du coin, avec l’autorisation du propriétaire,
pour vendre sa compote jusqu’à 22 heures. Avec les quelques
roupies qu’elle en tire, elle achète deux livres de riz et des
brèdes qui constituent leur repas du soir. Ses enfants
acceptent mal ce nouveau régime alimentaire. Le lendemain,
Rosemay répète l’opération, le surlendemain aussi et ainsi de
suite pendant trois mois. L’argent qu’elle obtient suffit tout
juste à les nourrir.
Lorsque les fruits ne sont plus
de saison et que les factures s’amoncellent, elle prend peur
et frise le désespoir. “Mo pa pou kasiet ou, mo ti deza anvi
zet mo lekor anba enn bis. Si pa ti ena Caritas, mo ti pou
suisid mwa”, avoue-t-elle.
C’est une voisine qui la
réfère au Service d’écoute et de développement de Caritas dont
la permanence est à l’église de l’Assomption à Roche-Bois.
Elle y rencontre Sabrina Utile, responsable du service, à qui
elle ouvre son cœur. “Sabrina inn donn mwa koud min plore”, se
remémore Rosemay qui se voit ce jour-là offrir un colis
alimentaire. Ce service approche quelques personnes
généreuses, lesquelles acceptent de se charger des factures de
Rosemay. Mais cette dernière n’a pas une mentalité d’assistée
et refuse d’être entretenue sur le long terme.
Elle
laisse entendre à Sabrina qu’elle aurait bien voulu posséder
des machines à coudre et confectionner du linge de maison
qu’elle vendrait ensuite. La responsable du service lui écrit
un projet qu’elles soumettent au Trust Fund for the
Rehabilitation of Vulnerable Groups dans le but d’obtenir un
financement sous le plan de micro-crédit. Le projet est
approuvé et Rosemay peut décaisser la somme de Rs 35 000 qui
lui permet d’acheter deux machines à coudre et quelques
ballots de tissus.
“Elle n’a jamais baissé les
bras”
C’est ainsi qu’elle se met à confectionner
des draps et des taies d’oreiller, de même que du
prêt-à-porter basique pour enfants et adultes. Et pour
arrondir ses fins de mois, elle revend les légumes qu’elle
achète à l’encan ainsi que ses confits et compotes. Cette
débrouillardise lui permet de rembourser mensuellement
l’emprunt qu’elle a contracté auprès du Trust Fund et un autre
pris de la Credit Union de Caritas, lequel lui a permis de se
rendre à Rodrigues pour embrasser sa mère mourante.
“Kan mo pou fini pey mo masinn, nou lavi pou ameliore
plis, mo kone sa”, assure Rosemay. De son côté, Sabrina est
admirative devant l’esprit combatif de la quinquagénaire.
“Elle n’a jamais baissé les bras. Nous l’avons, certes, aidée
mais elle a aussi mis du sien.”
Aujourd’hui, Rosemay
n’est pas peu fière d’Isabelle, sa fille de 13 ans, qui
fréquente le collège Bhujoharry et qui a décroché la médaille
de bronze en basket-ball aux derniers jeux de la Commission
jeunesse et sports océan Indien. Elle exhibe un exemplaire de
La Vie Catholique qui a consacré une page à sa fille en
septembre dernier. “Mo fier : mo pa finn bes lebra e zordi mo
tifi lor lagazet…”
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Marie-Annick
SAVRIPÈNE
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