LOGEMENT Social


Terre Nouvelle : rapport présenté mercredi dernier

Le Steering Committee décrète le site de Bambous comme inapproprié pour tout projet de construction.Le ministre des Terres et du Logement, Asraf Dulull, trouve pour sa part que le site est " buildable "

Le rapport sur le projet Terre Nouvelle, qui porte sur le relogement sur un site à Bambous de 76 familles, anciens squatters de la NHDC, a été présenté, mercredi après-midi, lors d'une conférence de presse. Ce projet de développement intégré est le fruit d'une collaboration entre un collectif d'Ong - notamment Caritas Ile Maurice, le Comité Catholique pour la Justice, le Mouvement Social Débarcadère et le Mouvement Social de la Jeunesse Mauricienne - et l'Etat. Il vise à accompagner les familles, avec pour devise : L'homme debout est capable de marcher. Le coût de ce projet est de Rs 19 M, soit Rs 250 000 par maison, indique le document.

" Le projet Terre Nouvelle est en fait plus qu'un projet. C'est un concept et sa réussite permettra de le reproduire pour le mieux-être de nombreuses autres familles très vulnérables de la République de Maurice ", note le rapport. Ce projet concerne non seulement le logement, mais également la formation, l'éducation, l'employabilité et l'entrepreneuriat. Le rapport procède à un rappel des faits : en juin 2005, alors que le pays était en pleine campagne électorale et à quelques jours des élections générales, 148 familles, venant de régions défavorisées, en quête d'un logement et, semble-t-il, " sous l'effet d'une incitation téléguidée, se mettent subitement à occuper illégalement des appartements de la NHDC, à Camp-Levieux ".

Le projet Terre Nouvelle à Bambous fait suite à cette occupation illégale des maisons de la NHDC à Camp-Levieux et à la reconnaissance officielle par le Trust Fund for the Rehabilitation of Vulnerable Groups de la vulnérabilité de ces familles.

Le projet Terre Nouvelle est considéré comme étant un " processus novateur et dynamique à long terme qui vise au développement intégral et intégré de la personne humaine ". Il est souligné dans le rapport qu'en tant que projet pilote, Terre Nouvelle vise à établir un nouveau concept qui pourra à l'avenir être une réponse positive au problème de logement, auquel sont confrontées quelque 12% des familles mauriciennes. " La situation d'extrême vulnérabilité de ces familles est la conséquence de nombreuses difficultés qu'elles ont rencontrées parfois de génération en génération. En raison de leur situation d'extrême pauvreté, il est difficile pour ces familles de bénéficier des aides sociales offertes par l'Etat ", constate le document. Ces familles sont souvent condamnées à vivre perpétuellement dans des conditions précaires, qui influencent tous les aspects de leur vie et les placent en marge de la société. Elles sont considérées comme " les oubliés du développement ", indique le rapport.

La situation de " grande vulnérabilité " de ces familles, qui vivent habituellement dans l'anonymat, était subitement étalée au grand jour à la suite de l'occupation des appartements de la NHDC en juin/juillet 2005. Après leur expulsion des maisons de la NHDC, rappelle le rapport, ces familles ont trouvé refuge sous des tentes alors que leur situation s'empirait de jour en jour. Des Ong sont alors intervenues pour apporter leur soutien à ces familles, assurant une présence régulière afin de les encadrer, leur prodiguant conseils et aide (vêtements, nourriture couvertures…) en vue de leur permettre de mieux résister, sous les tentes, aux basses températures de l'hiver. Des représentants de l'Eglise catholique visitaient ces familles en leur assurant de leur soutien.

Suite à une enquête entreprise par le Trust Fund for the Rehabilitation of Vulnerable Groups, conjointement avec des Ong, 144 familles furent identifiées comme étant les plus vulnérables. Le Trust Fund a décidé d'accorder une aide financière de Rs 40 000 pour la construction de deux chambres en tôle sur des terrains mis à la disposition de ces familles par l'Etat. Le Trust Fund demandait l'aide des Ong pour assurer l'accompagnement de ces familles durant la phase de construction de leurs cases en tôle. Aux Ong incombait la responsabilité de remettre les matériaux nécessaires aux familles. En attendant la construction des cases, ces familles ont délaissé les tentes et autres abris de fortune et retournèrent vivre soit chez des parents, soit dans des abris temporaires…



Logements : réticence et solution à long terme

Selon le rapport, les 76 familles devant construire à Bambous font face à de nombreuses difficultés, vu que des habitants de la région " se montrent réticents et expriment de sérieuses réserves quant à la construction éventuelle de 76 cases en bois et tôle ". Trois des quatre Ong accompagnatrices des 76 familles - à savoir le CCPJ, le MSJM et le MSD - s'associaient avec les familles bénéficiaires dans une série de luttes et de négociations en vue de s'embarquer dans un projet complet d'intégration sociale, culturelle et familiale.

" […] Il ne s'agit plus seulement de construire des logements pour ces familles. Il est maintenant question de trouver une solution à long terme qui puisse satisfaire toutes les parties en cause et qui tienne compte de la dignité et du respect de la personne humaine ", affirme le rapport. L'accent était mis sur la nécessité de proposer un projet plus humain. " Les négociations sont très longues et les familles se retrouvent à la case départ. Elles ne savent où se loger et elles se sentent complètement perdues et déboussolées… " souligne le document.

D'où l'institution d'un collectif des Ong accompagnant les familles.

De nombreuses rencontres sont organisées avec les familles, les habitants de Bambous, et le gouvernement, indique le rapport. Considérant que la construction de 76 cases en bois et tôles va perpétuer pour longtemps encore une culture de bidonville, les familles et le collectif des Ong demandent au ministère du Logement et des Terres d'opter plutôt des maisons en dur.

A l'issue de plusieurs rencontres entre, d'une part, le ministre du Logement et des Terres et les officiers de ce ministère, et, d'autre part, les représentants des Ong et du Diocèse de Port-Louis, les négociations aboutissent et l'autorisation de construire des maisons en dur pour les 76 familles est acquise.

" La création d'un Empowerment Programme et d'un Empowerment Fund par le gouvernement mauricien dans le cadre du Budget National 2006-2007 apporte un nouvel élément qui redonne espoir aux familles toujours dans l'attente ", soutient le rapport. Par ailleurs, une nouvelle étape vers l'aboutissement du projet Terre Nouvelle, à Bambous, est franchie avec l'annonce des Cabinets Decisions, prises lors du Conseil des ministres du 1er décembre 2006. Mention a été faite pour la construction de 150 maisons, dont 76 pour les ex-squatters de la NHDC dans le cadre d'un projet intégré et sur une base pilote.



Asraf Dulull : " Le site est buildable… "

Sollicité au téléphone pour expliquer la nouvelle décision du Steering Committee (institué pour le relogement des familles ex-squatters de la NHDC) de décréter le site identifié à Bambous comme étant inapproprié, le ministre du Logement et des Terres, Asraf Dulull, soutient au Mauricien : " Il n'y a pas lieu pour une quelconque étude de faisabilité ; le site est buildable, mais il existe certaines contraintes relevant des Sites and Services. "

Le ministre confirme l'engagement de diverses instances décisionnelles entre autres partenaires dans le projet Terre Nouvelle, et affirme que le TFSIVG devrait y faire son entrée. " Compte tenu du fait que le TFSIVG est une branche des Finances, il était souhaité que ce ministère chapeaute le tout et en assure une meilleure coordination. Cela est faisable vu que ce ministère pourrait faire débloquer les fonds nécessaires ", déclare M. Dulull. Ce dernier fait également état de la décision prise pour la construction de maisons au coût de Rs 250 000 l'unité. Il nous a également parlé de l'entrée de la Central Water Authority (CWA) sur le site. " Tout laisse croire que dans la perspective du Cost Benefit Analysis les instances décisionnelles ont jugé nécessaire de trouver un site alternatif. Au cas où le Cost Efficiency s'avère trop élevé, le TFSIVG doit nous en informer ", dit-il.

Concernant des longères d'une firme de construction chinoise qui empiéteraient sur une partie du site à Bambous, le ministre Dulull est catégorique : " Ces longères n'ont pas leur place sur ce site. "