Bloc Notes


Quand la malnutrition rôde

*La situation économique actuelle, très difficile pour les Mauriciens, marquée entre autres par un chômage quasi-endémique et par la hausse infernale des prix est en train d'enfoncer davantage dans la misère les couches les plus démunies de notre société. Avec pour conséquence une résurgence de la malnutrition.

Davantage d'enfants mal nourris se rendent aujourd'hui à l'école avec seulement un peu de thé sucré sans lait et rien dans le sac pour le repas du midi ; ne comptant que sur le seul pain sec de l'école. La malnutrition touche aussi maintenant les scolaires des établissements secondaires. Ainsi dans ce collège de l'ouest du pays, une cinquantaine de cas d'élèves mal nourris ont été notés ; et comment étudier quand on a le ventre vide ? D'où l'urgence de mettre en place un programme d'alimentation pour ces élèves. Mais où trouver le financement nécessaire ?

Heureusement que l'Île Maurice a du cœur. Mis au courant de la situation précaire de ces enfants qui n'aspirent qu'à étudier, cette association qui réunit des hommes d'affaires mauriciens et étrangers ne s'est pas fait prier et viendra en aide au collège. The Circle, qui a pour fers de lance, Chris Lee Sin Cheong et Hervé Ng, ne se contentera pas de financer le programme alimentaire du collège mais aussi les besoins de celui-ci en mobilier et en outils informatiques. Notons que The Circle qui est le sponsor du rendez-vous annuel des amoureux du cyclisme Anou Pedaler, est intervenu l'année dernière pour soutenir, entre autres, plusieurs organisations qui font œuvre utile dans le domaine de l'éducation, de la lutte, nécessaire, contre l'alcoolisme, le Sida. L'une des richesses de notre société, outre ses travailleurs et opérateurs sociaux, ce sont aussi ces hommes d'affaires, conscients de leur responsabilité sociale.

Rs 15, c'est ce que coûte le pain fourré qui sera servi aux collégiens chaque jour d'école. Et quand on entend dire au sujet du droit d'entrée qui sera en vigueur prochainement au Jardin de Pamplemousses que " Rs 25 c'est rien " ; il y a de quoi s'indigner. Surtout quand on sait qu'il y a des familles qui vivent avec moins de Rs 25 par jour. Bien sûr, quand on touche plus de Rs 150 000 par mois, Rs 25 c'est rien !

Comme le Muvman Proteksyon Patrimwann Istorik, nous nous insurgeons contre toute velléité de transformer un espace public unique du patrimoine national, reconnu à travers le monde comme un des plus beaux jardins des plantes au monde, en une marchandise. Pire, imposer un droit d'entrée au Jardin de Pamplemousses, c'est exclure nombre de Mauriciens de la possibilité de le visiter un jour. D'exclusion en exclusion, ainsi va l'île Maurice ces temps-ci.

Hier, c'était la Journée Internationale de Caritas, connue à Maurice pour son combat inlassable contre la pauvreté. Service social et de développement, Caritas est présent dans environ 200 pays. Caritas Internationalis oeuvre pour un monde " où la pauvreté, l'exclusion, l'intolérance et la discrimination n'existent plus, où toutes les personnes, en particulier les pauvres, les exclus et les opprimés retrouvent l'espoir et ont les moyens de participer pleinement à toutes les instances influant sur leur vie ", devenant ainsi " les sujets de leur propre développement et acteurs de changement ".

Caritas à Maurice, c'est 40 services d'écoute et de développement à travers le pays ; deux abris de nuit qui accueillent 80 sans-domicile-fixe ; 40 centres d'alphabétisation fonctionnelle fréquentés par des apprenants soucieux de savoir lire et écrire ; des familles en difficulté hébergées au Relais Espérance engagées dans un processus de réhabilitation ; des prêts sans intérêt de Rs 430 000 à des familles démunies et voulant accéder à un logement décent…

Il aurait pu être un membre actif de Caritas duquel il était très proche. Jacques Rose, une des figures marquantes du monde de la pêche traditionnelle, et ancien président de l'Association des Pêcheurs Professionnels de l'Ile Maurice (APPIM) s'en est allé il y a une semaine. De Grande-Rivière-Sud-Est à Cap-Malheureux puis à Grand-Gaube, sa dernière demeure, Jacques Rose est resté toujours très proche de la mer et des pêcheurs dont il a porté à bout de bras les attentes et les aspirations au niveau national et même international. Jusqu'au dernier moment, il se battait encore pour le centre des pêcheurs de l'APPIM à Pointe-aux-Sables.

Lui, c'était un combattant syndicaliste tenace qui préférait l'ombre à la lumière des médias et il s'en est allé en début d'année. Benjamin Michel était un ancien président du syndicat de l'imprimerie du gouvernement, une des places fortes du syndicalisme. À l'heure où certains prédisent la mort du syndicalisme après celle des idéologies, Benjamin Michel aurait apporté la preuve d'un syndicalisme désintéressé, proche du terrain, des travailleurs pour lesquels il se battait avec conviction.

Jean-Clément Cangy