SANS-LOGIS Projet Terre Nouvelle
Une rencontre d'urgence sollicitée avec le ministre Dulull
Une rencontre d'urgence est sollicitée avec le ministre du Logement et des
Terres, Asraf Dulull, par les ex-squatters de la NHDC et le Collectif des Ong
dans le cadre du projet Terre Nouvelle, à Bambous. Un ultimatum jusqu'à ce
vendredi est accordé au ministre ; sinon une manifestation pacifique sera
organisée devant son ministère le 12 février. La convocation d'une réunion du
Steering Committee, instance qui a décrété le site du relogement comme
étant inapproprié lors de sa dernière séance, le 11 janvier dernier, est
réclamée. Telles sont, entre autres, les résolutions votées par les familles
d'ex-squatters de la NHDC lors d'une réunion d'explications, tenue par le
Collectif des Ong, à la salle d'œuvres de l'église Sacré-Cœur, Beau-Bassin,
samedi dernier.
" Dès lundi (NdlR : aujourd'hui), une lettre sera adressée au ministre
Dulull. Nous lui donnons jusqu'à vendredi pour nous recevoir. Faute de quoi,
nous organiserons une manifestation pacifique devant son ministère le 12
février prochain à partir de 10h ", affirment les familles d'ex-squatters.
Après les explications données par le Collectif des Ong (Caritas Ile Maurice ;
Comité Catholique Pour la Justice ; Mouvement Social Débarcadère ; Mouvement
Social de la Jeunesse Mauricienne ; Service d'Ecoute et de
Développement-Caritas Ste-Marie-Madeleine) à l'effet que le site identifié
pour le relogement est inapproprié, un groupe d'ex-squatters, menée par
Joceline Prude, voulait se rendre au ministère du Logement dès aujourd'hui en
vue de l'obtention de renseignements par rapport à leur relogement. " Minis
Dulull ena de lalang. A kot mo pe reste, bizin sarye dilo. Barkly pena enn
gout dilo ", fait ressortir Joceline Prude, qui ne cache pas ses larmes.
" Zot dir nou al get José Allet. Mo napli kapav. Mo ena tibaba. Nou pe al
minister lindi. Mo rod lakaz loue pou Rs 3 000. Propriyeter dir Rs 4 000… Mo
ti kroir mo ti pou gagn lakaz, me zero ! " ajoute-t-elle.
D'autres voix se joignent à elle pour faire entendre les souffrances des
ex-squatters de la NHDC. " Mo finn fer reveyon akot enn lekol. Nou tou nou
ena Letter of Intent. Nou bizin desann nou al get minis-la ! "
insiste Mme Dieudonné. " Deza ena enn dosye ki prouv nou soufrans ek nou
lavi prive. Minis-la bizin fer kitsoz pou nou. Nou pe viv 4 fami dan enn lakaz
4 pyes ", soutient Juliana Perrine, domiciliée à Karo-Kalyptis.
" Nou ena nou papye "
Certaines familles, lasses d'attendre, expriment leur désir de pouvoir
construire leurs maisonnettes en tôle. " Mo lakaz inn brile. Nou ena nou
papye. Anou al konstrir nou lakaz. Si legliz anvi ed nou, ok ! " suggère
une autre femme. Un homme partage la même argumentation. Réitérant la position
du Collectif des Ong à ne pas encourager une culture de bidonville, Patrice
Uppiah (CCPJ) soutient : " Malgré la promesse gouvernementale d'octroyer Rs
40 000 à chaque famille pour bâtir en tôle et en bois, aucune instance n'a
encore donné son aval pour débourser cet argent. "
Et il a fallu la prompte intervention du Collectif des Ong pour calmer les
esprits samedi. Les représentants des familles se sont divisés en groupe pour
refléchir et pour décider la marche à suivre. Avant de voter des résolutions à
mains levées.
Des questions ont surgi relativement à la présence d'ouvriers chinois sur
le site de Bambous. " Ces ouvriers chinois travaillant pour une firme ont
empiété les lotissements 65 à 76 pour bâtir leurs dortoirs ", indique M.
Uppiah. Les familles d'ex-squatters, déjà en possession de leur Letter of
Intent, ne l'entendent pas de cette oreille et réclament le départ des
travailleurs.
Mary Jolicœur estime que la Letter of Intent devrait permettre de faire
avancer les choses. " Nou pa pou zoue mem zoue ki gouvernnma. Nou bizin get
laspe legal. Minis Dulull bizin explik nou. Anou al dapre la loi. Nou get nou
avocat. Se gouvernema ki pa pe respekte so parol. Pa kapav enn dir konstrir ek
enn lot dir pa kapav konstrir. Nou bizin get la mars a swiv. Mo oussi, mo
resanti mem koler ", dit-elle. Lui emboîtant le pas, Patrice Uppiah
indique : " La décision de décréter que le site est inapproprié a été prise
en novembre 2006. Mais personne n'en a été informé au niveau du Collectif des
Ong. Nous en avons été informés qu'à la réunion du Steering Committee
le 11 janvier 2007. " Le président de Caritas, Jacques Dinan, ajoute :
" Lors de la réunion du 11 janvier un rapport d'ingénieur est venu établir
que le site est inapproprié. Nous avons insisté pour l'octroi d'un site
alternatif, toujours à Bambous. " Il souligne que depuis, le Collectif a
tenu une conférence de presse le 31, suivie de la réunion de samedi dernier.
M. Uppiah maintient que ce n'est pas au Collectif d'annoncer la nouvelle
aux familles mais aux instances décisionnelles. " Nous n'avons fait que
notre devoir, vu que le ministère du Logement tarde à le faire ", dit-il.
Mary Jolicœur : " Nou pa oule park koson ! "
" Zot parey kouma nou. Nou kone ki zot merit enn lozman desan. Nou pa
oule lakaz koson. Park koson nou dir non ! " soutient Mary Jolicœur pour
expliquer le sentiment de révolte des 76 familles d'ex-squatters de la NHDC.
Exprimant son opposition à une culture de bidonville, voire de
ghettoïsation, Mme Jolicœur adhère à la conclusion du concepteur de rejeter
toute idée de construire des longères en tôle et bois par le TFSIVG. Elle
souligne que le Collectif des Ong a la volonté de réaliser le projet Terre
Nouvelle, mais que celui-ci n'a pas les moyens pour le faire. " Nous
avons la volonté d'entreprendre des démarches, mais nous n'avons pas les
moyens. Personne n'a Rs 250 000 en main pour bâtir une maison, mais on veut
d'un apport financier pour réaliser le projet ", déclare Mary Jolicœur.
Rappelant l'engagement pris par le Collectif des Ong auprès des familles
d'ex-squatters de la NHDC, Mme Jolicœur soutient que le type de maison en
dur proposée, au coût de Rs 250 000, a nécessité la constitution d'un
dossier, devant être soumis à l'Union européenne. " Nous avons toujours
dit que nous sommes disposés à apporter notre contribution en terme de
matériaux de construction. Les autorités nous ont fait comprendre qu'il est
nécessaire de travailler avec les Finances " affirme-t-elle. Laissant
entendre que ce projet emballe tout le monde, Mary Jolicœur soutient qu'il
ne s'agit pas seulement de bâtir de maisons, mais se veut être intégré.
Faisant état de sa participation à deux réunions présidées par les Finances
avant que le relais ne soit assuré par la Sécurité sociale, elle soutient
qu'il y en a d'autres familles. " Notre priorité demeure les 76 familles.
Mais le comble est que le projet a été hypothéqué à la reprise des réunions
en janvier dernier ", dit-elle.