MESSE 40 ans de Caritas, hier
Mgr Piat : " Il faut nous détourner de nous-mêmes "
Une messe spéciale a été dite, hier matin, à la cathédrale St-Louis pour
les 40 ans de Caritas Maurice. Tout en saluant le travail de toutes les
personnes qui au sein de cette association catholique ont donné quarante ans
durant de leur amour aux démunis, l'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, a
déclaré qu'il faut continuer à nous tourner vers ceux en difficulté. " Il y
a de l'espoir si nous nous détournons de nous-mêmes et regardons ensemble dans
la même direction. "
Passer de l'assistanat au développement. Tel était le thème choisi
pour a célébration des 40 ans de Caritas Maurice ; thème montrant que
l'engagement de l'association consiste à aider les pauvres à se prendre en
main. C'était aussi l'occasion de rappeler les services pourvus par l'Ong.
D'abord, deux abris de nuit à Port-Louis et aux Plaines-Wilhems accueillent
des clochards. Ensuite, il y a l'alphabétisation fonctionnelle, service
proposé dans plus de quarante centres et touchant quelque six cents
apprenants. Ensuite, Caritas dispose aussi d'un service d'écoute et de
développement (SEED) pour les familles ne sachant pas comment s'y prendre pour
des démarches administratives. Par ailleurs, il y a le Relais Espérance, un
projet qui permet à quatre familles chaque deux ans d'habiter dans un des
quatre appartements de Caritas à Pte-aux-Piments le temps qu'ils trouvent un
endroit à eux.
Jacques Dinan, président de l'association, a profité pour remercier les
volontaires de même que les bénéficiaires - quelque 10 000. " Caritas
Maurice est un service catholique qui œuvre pour les plus démunis sans
distinction de race, de sexe ou de groupe ethnique. " Si au départ, ajoute
M. Dinan, il s'agissait avant tout d'un travail de services d'urgence - vivres
et vêtements en temps de cyclone, d'inondation ou d'incendie - graduellement,
" nous avons voulu passer au stade de développement car nous croyons que
toute personne humaine doit pouvoir se prendre en charge dans la dignité
".
Mgr Piat a salué le courage des plus démunis, qui, dit-il, " ont
témoigné de l'espérance en montrant que la vie humaine vaut la peine d'être
vécue même avec peu de moyens ". " Malheureusement, on entend peu parler de
ces merveilles. " " Quelle démarche l'Église doit-elle adopter dans un tel
contexte économique ? " s'est demandé l'évêque. Selon lui, " nous
devons sensibiliser davantage la communauté chrétienne ". " Beaucoup - sans
méchanceté de leur part - ne sont pas au courant des problèmes ni comment
apporter leur contribution mais il y a un déficit de communication. Il faut
ouvrir un espace de réflexion. C'est là un travail que Caritas peut faire ".
Ensuite, il a souhaité que les plus démunis soient partie prenante du
travail fait à leur intention. " Que ceux qui cherchent à se développer
soient des agents de leur développement. " En outre, ajoute Maurice Piat,
" il nous faut avoir une approche holistique - pas juste donner un
transport à ceux qui n'en ont pas pour aller à l'école. Mais qu'on s'intéresse
aux autres aspects de la pauvreté : logement, travail etc. C'est à ce moment
qu'une nouvelle humanité sera présente ".
L'évêque de Port-Louis a tenu à relire les 40 ans de Caritas à la lumière
de l'Evangile. Il a repris une idée d'un passage de l'Evangile de Marc qui dit
que " ça va arriver dans votre vie que la lumière s'obscurcisse ".
Selon Mgr Piat, " Marc dit que la bonne nouvelle, quand ces choses
arrivent, ce n'est pas pour nous écraser mais le moment où l'on doit rester
attentif ; renouer les liens, ne pas rester chacun de son côté. Le Seigneur
nous invite à être entreprenants et à ne pas rester sans rien faire. " Il
a rappelé qu'à l'époque où Gustave Rey avait fondé Caritas Maurice, le pays
était dans une situation de crise. " Gustave a dit : il faut s'ouvrir aux
plus démunis. Et en 1980, quand l'économie a commencé à redécoller, 40 %
d'enfants échouaient leur CPE et il y avait des analphabètes. Caritas qui a
dit qu'il y avait un problème et qui a ouvert des centres d'alphabétisation.
"
Témoignages-" Pas pour les pauvres mais avec les pauvres "
Un des travailleurs sociaux engagés au sein de Caritas Maurice témoigne
que l'association " ne travaille pas pour les pauvres mais avec les
pauvres ". Un des défis à relever aujourd'hui est, souligne-t-il, la
relève. " Il nous faut voir comment motiver les jeunes à s'engager. "
Brigitte, gérante de l'abri de nuit de Plaines-Wilhems, élabore sur ce
qui l'a encouragée dans son travail. " Quand je m'étais mise au service
des pauvres, je me suis demandé comment leur venir en aide. Et, à chaque
fois que j'allais vers les "tontons" - clochards - je voyais l'image de
Jésus dans leur regard. " Ce qui est, par ailleurs, source de bonheur
pour elle, " c'est quand je vois la joie dans leur regard ". " Ce n'est
pas seulement la bouffe qu'ils recherchent mais l'importance aussi pour eux,
c'est quand nous nous occupons d'eux. " Pour Brigitte, se mettre au
service de l'autre, c'est " l'aider à grandir de sa condition initiale ".
" Je passe un message aux jeunes : il ne faut pas avoir peur de s'engager.
Laissons-nous conduire par la foi. "