a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 4 février 2007


Relogement de 76 familles, sans logis

Le terrain alloué à Bambous inapte à la construction !

Les 76 familles sans logis ayant occupé illégalement des appartements de la NHDC en juin 2005, soumettront demain une lettre au ministre du Logement, Asraf Dulull. Cette démarche a été décidée, hier, après que les familles vivant depuis dans la précarité ont appris que les travaux de construction ne peuvent être entrepris sur le terrain que leur a alloué le gouvernement. Selon un récent constat des techniciens de l'État, le terrain qui est situé à Bambous n'est pas propice au développement. Visiblement déçues et amères, les familles soutenues depuis 18 mois par le collectif Terre Nouvelle, ne comptent pas rester les bras croisés, d'autant qu'elles n'ont pas été tenues informées par le ministère du Logement des observations faites par le comité technique. Réunis hier à Beau Bassin, les bénéficiaires du terrain de Bambous n'ont pas retenu leur colère lorsqu'ils ont pris connaissance des travaux qui sont actuellement en cours, par des ouvriers chinois, sur les lieux.

Alors qu'elles étaient dans l'attente de la construction de leur maison à Bambous, les 76 familles sans logis et ayant squatté pendant plusieurs mois en 2005 le terrain de foot de Camp Levieux, ont eu la confirmation, hier, que le terrain qui leur a été accordé par le gouvernement n'est pas propice à la construction. C'est le collectif Terre Nouvelle, réunissant des organisations non-gouvernementales (Caritas, Comité Catholique pour la Justice, Mouvement Social pour la Jeunesse Mauricienne…) et chargé de l'accompagnement des familles depuis 2005, qui a eu la lourde tâche d'annoncer la nouvelle à celles-ci, présentes à la salle d'œuvres du Sacré-Cœur à Beau Bassin.

"Ce n'est pas notre rôle de venir vous annoncer la conclusion du Steering Committee. Lors de la dernière réunion que nous avons eue avec le comité, le 11 janvier, il nous a été dit que le terrain présentait des risques et que toute construction n'y est pas possible", devait d'emblée dire Mary Jolicoeur, du collectif, aux familles. Cependant, explique Patrice Uppiah, autre membre du collectif, Terre Nouvelle a accordé un délai au comité pour informer les familles concernées. "Mais jusqu'à l'heure, personne du gouvernement ne vous a mis au courant de la conclusion du comité technique. En d'autres mots, vous ne pourrez construire vos maisons sur le terrain identifié", explique encore Mary Jolicoeur.

La nouvelle qui circulait déjà, et ce depuis que Terre Nouvelle a lancé publiquement, mercredi dernier, un document (Terre Nouvelle, Historique et Vision d'avenir) retraçant l'accompagnement des familles et des différentes étapes administratives pour la construction des unités de logement, a bouleversé celles présentes à la rencontre d'hier. Les femmes avaient dû mal à contenir larmes et colère. Le sentiment de frustration montait au fil des témoignages.

Incompréhension

C'est l'incompréhension pour les bénéficiaires d'une portion de terrain à Bambous. "Comment peut-on venir nous dire que nous ne pouvons plus construire alors que nous sommes tous en possession d'une letter of intent?", se demande une bénéficiaire. Et une autre d'ajouter, qu'"en temps de pluie, ma maison est une véritable passoire. Je n'ai pas d'eau courante et pour prendre un bain, je dois marcher pour trouver de l'eau ! Pa enn lavi pou enn madam sa !" De son côté, une mère confie: "Mes deux filles et moi avons passé le soir du réveillon devant une école, faute de maison ! Pour louer une maison, il me faut trouver Rs 3 000 par mois. Je n'ai pas de moyens pour le faire !"

Sont aussi présentes dans la salle des familles qui ont été relogées à Curepipe par le ministre de la Justice, Rama Valayden, sans que celui-ci ne s'acquitte du loyer. Elles expliquent leur étonnement sur la conclusion du comité. "Nous nous sommes rendues à Bambous, dimanche dernier. Nous avons vu des ouvriers chinois qui effectuaient des fouilles sur le terrain. Il y avait, entre autres, des containers. Nous ne comprenons pas ce qui se passe ! D'un côté, il y a des travaux là-bas et, de l'autre côté, on nous dit que nous, nous ne pouvons pas construire !" D'autres de renchérir: "Sa terin la pou nou ! Nou ena drwa lor la." D'autant que le paiement du bail a été effectué, rappellent les familles.

Terre Nouvelle: "Nous ne voulons pas de bidonville"

Visiblement pris au dépourvu par les dernières conclusions du Steering Committee, les animateurs du collectif concèdent leur amertume face aux observations (voir plus loin) avancées par le comité. L'allocation du terrain de Bambous était une source d'espoir pour les 76 familles vivant actuellement dans la précarité. Le coût du projet destiné aux 76 familles et à d'autres foyers en difficulté revient à Rs 19 millions. Un dossier avait été auparavant soumis à l'Union Européenne, approchée pour soutenir le financement du projet. Le Trust Fund for the Social Integration of the Vulnerable Groups contribue au financement à hauteur de Rs 20 000 par maison.

Terre Nouvelle s'est engagée à accompagner les anciens squatters de Camp Levieux afin d'assurer que leur relogement soit soutenu par un programme de développement intégré. Au cours de sa conférence de presse, mercredi dernier, où elle présentait son document, l'ONG a soutenu qu'elle ne souhaitait pas voir "la création de bidonville", car le processus de relogement sans accompagnement social encourage des fléaux. Mais 18 mois après le départ des familles de Camp Levieux, Terre Nouvelle a l'impression de retourner en arrière.


Constat et autorisation contradictoires

En novembre dernier, dans un rapport qu'ils rédigent, des techniciens et ingénieurs du gouvernement chargés de faire l'état du terrain de Bambous, notent, après avoir visité les lieux, que celui-ci n'est pas propice à tout projet de construction. Notamment à cause de l'érosion du sol, des coûts additionnels qui devront être encourus en raison des spécificités et de la topographie du terrain, entre autres.

Le comité écrit: "Based on the above criteria and though direct development costs were not calculated or examined as a direct factor for this screening process, but the screening criteria values that were applied include indirect cost considerations, we can conclude that because of the additionnal cost that will be entailed in the construction of retaining structures, drains and road network on a sloping site, this site will not be suitable to implant individual core housing units."

Ce constat a été retransmis aux membres du Steering Commitee de l'Integrated Social Development Programme - initiative du gouvernement pour combattre la pauvreté - ainsi qu'à Terre Nouvelle. Parallèlement, lors de la séance du 1er décembre 2006 du conseil des ministres, le cabinet note que le ministère de la Sécurité sociale démarre un projet qui vise à pourvoir un scheme aux familles touchant un salaire de Rs 4 000 ou moins, et qui ne peuvent aspirer à un prêt-logement. Ce projet concerne 150 familles dont les 76 anciens squatters de la NHDC.

Dans son document, Terre Nouvelle annexe une lettre officielle, datant de mai dernier, émanant du ministère du Logement, à l'Evêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, lui informant que "this ministry has no objection for the Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups to release the necessary funds to the beneficiairies for the construction of houses irrespective of whether concrete or CIS units will be constructed".

Les conclusions du comité technique sont en "nette contradiction avec les autorisations antérieures du ministère du Logement et des Terres", relève l'ONG. Après plusieurs visites sur les lieux, il y a peu, les membres du collectif ont noté que l'eau et l'électricité ont été fournies pour faciliter les travaux en cours. "Mais, contrairement à la pratique sur tous les sites de construction, il n'y a aucun panneau pour donner des indications sur la nature des travaux à Bambous !", avance Mary Jolicoeur.

Le ministre du Logement, Asraf Dulull, a été sollicité pour une déclaration sur la situation ambiguë dans laquelle les 76 familles concernées se retrouvent actuellement. Cependant, l'attaché de presse du ministre Dulull a indiqué à Week-End que ce dernier n'avait aucune opinion a émettre à ce sujet !



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