Les 76 familles sans logis ayant occupé illégalement
des appartements de la NHDC en juin 2005, soumettront demain une lettre
au ministre du Logement, Asraf Dulull. Cette démarche a été décidée,
hier, après que les familles vivant depuis dans la précarité ont appris
que les travaux de construction ne peuvent être entrepris sur le terrain
que leur a alloué le gouvernement. Selon un récent constat des
techniciens de l'État, le terrain qui est situé à Bambous n'est pas
propice au développement. Visiblement déçues et amères, les familles
soutenues depuis 18 mois par le collectif Terre Nouvelle, ne comptent
pas rester les bras croisés, d'autant qu'elles n'ont pas été tenues
informées par le ministère du Logement des observations faites par le
comité technique. Réunis hier à Beau Bassin, les bénéficiaires du
terrain de Bambous n'ont pas retenu leur colère lorsqu'ils ont pris
connaissance des travaux qui sont actuellement en cours, par des
ouvriers chinois, sur les lieux.
Alors qu'elles étaient dans l'attente de la
construction de leur maison à Bambous, les 76 familles sans logis et
ayant squatté pendant plusieurs mois en 2005 le terrain de foot de Camp
Levieux, ont eu la confirmation, hier, que le terrain qui leur a été
accordé par le gouvernement n'est pas propice à la construction. C'est
le collectif Terre Nouvelle, réunissant des organisations
non-gouvernementales (Caritas, Comité Catholique pour la Justice,
Mouvement Social pour la Jeunesse Mauricienne…) et chargé de
l'accompagnement des familles depuis 2005, qui a eu la lourde tâche
d'annoncer la nouvelle à celles-ci, présentes à la salle d'œuvres du
Sacré-Cœur à Beau Bassin.
"Ce n'est pas notre rôle de venir vous annoncer la
conclusion du Steering Committee. Lors de la dernière réunion que
nous avons eue avec le comité, le 11 janvier, il nous a été dit que le
terrain présentait des risques et que toute construction n'y est pas
possible", devait d'emblée dire Mary Jolicoeur, du collectif, aux
familles. Cependant, explique Patrice Uppiah, autre membre du collectif,
Terre Nouvelle a accordé un délai au comité pour informer les familles
concernées. "Mais jusqu'à l'heure, personne du gouvernement ne vous a
mis au courant de la conclusion du comité technique. En d'autres mots,
vous ne pourrez construire vos maisons sur le terrain identifié",
explique encore Mary Jolicoeur.
La nouvelle qui circulait déjà, et ce depuis que Terre
Nouvelle a lancé publiquement, mercredi dernier, un document (Terre
Nouvelle, Historique et Vision d'avenir) retraçant l'accompagnement
des familles et des différentes étapes administratives pour la
construction des unités de logement, a bouleversé celles présentes à la
rencontre d'hier. Les femmes avaient dû mal à contenir larmes et colère.
Le sentiment de frustration montait au fil des témoignages.
Incompréhension
C'est l'incompréhension pour les bénéficiaires d'une
portion de terrain à Bambous. "Comment peut-on venir nous dire que
nous ne pouvons plus construire alors que nous sommes tous en possession
d'une letter of intent?", se demande une bénéficiaire. Et une
autre d'ajouter, qu'"en temps de pluie, ma maison est une véritable
passoire. Je n'ai pas d'eau courante et pour prendre un bain, je dois
marcher pour trouver de l'eau ! Pa enn lavi pou enn madam sa !" De
son côté, une mère confie: "Mes deux filles et moi avons passé le
soir du réveillon devant une école, faute de maison ! Pour louer une
maison, il me faut trouver Rs 3 000 par mois. Je n'ai pas de moyens pour
le faire !"
Sont aussi présentes dans la salle des familles qui ont
été relogées à Curepipe par le ministre de la Justice, Rama Valayden,
sans que celui-ci ne s'acquitte du loyer. Elles expliquent leur
étonnement sur la conclusion du comité. "Nous nous sommes rendues à
Bambous, dimanche dernier. Nous avons vu des ouvriers chinois qui
effectuaient des fouilles sur le terrain. Il y avait, entre autres, des
containers. Nous ne comprenons pas ce qui se passe ! D'un côté, il y a
des travaux là-bas et, de l'autre côté, on nous dit que nous, nous ne
pouvons pas construire !" D'autres de renchérir: "Sa terin la pou
nou ! Nou ena drwa lor la." D'autant que le paiement du bail a été
effectué, rappellent les familles.
Terre Nouvelle: "Nous ne voulons pas de
bidonville"
Visiblement pris au dépourvu par les dernières
conclusions du Steering Committee, les animateurs du collectif
concèdent leur amertume face aux observations (voir plus loin) avancées
par le comité. L'allocation du terrain de Bambous était une source
d'espoir pour les 76 familles vivant actuellement dans la précarité. Le
coût du projet destiné aux 76 familles et à d'autres foyers en
difficulté revient à Rs 19 millions. Un dossier avait été auparavant
soumis à l'Union Européenne, approchée pour soutenir le financement du
projet. Le Trust Fund for the Social Integration of the Vulnerable
Groups contribue au financement à hauteur de Rs 20 000 par maison.
Terre Nouvelle s'est engagée à accompagner les anciens
squatters de Camp Levieux afin d'assurer que leur relogement soit
soutenu par un programme de développement intégré. Au cours de sa
conférence de presse, mercredi dernier, où elle présentait son document,
l'ONG a soutenu qu'elle ne souhaitait pas voir "la création de
bidonville", car le processus de relogement sans accompagnement
social encourage des fléaux. Mais 18 mois après le départ des familles
de Camp Levieux, Terre Nouvelle a l'impression de retourner en arrière.