Pour l'année financière en cours, l'Etat ne serait pas
en mesure de subventionner les deux abris de nuit destinés aux sans
domicile fixe et gérés par Caritas. 12 ans après l'inauguration de
l'abri de Port-Louis, celui-ci devra opérer sans l'apport financier de
l'État. Projet conjoint du gouvernement et de Caritas, l'abri de nuit
des Plaines-Wilhems, opérationnel depuis 2 ans, bénéficiait quant à lui,
d'une subvention de Rs 1.1 million, soit la prise en charge totale du
running-cost du centre. Caritas est contraint de trouver des
fonds pour maintenir le fonctionnement de l'établissement.
C'est avec une satisfaction qu'elle ne peut dissimuler
que Brigitte François, responsable de l'abri de nuit des
Plaines-Wilhems, situé à St-Jean, parle de la récente réintégration
familiale de six pensionnaires de la structure. Deux ans après avoir
ouvert ses portes aux sans domicile fixe (SDF) du district, l'abri de
nuit, dit-elle, peut s'enorgueillir d'un bilan positif. Le défi a été
relevé avec succès. De son côté, Kersley Goindoorajoo, responsable de
l'abri de nuit de Port-Louis et également directeur des deux abris se
dit aussi satisfait des retombées de l'encadrement visant à réinsérer
les SDF appelés tontons dans le milieu. Depuis le début de
l'année, dit-il, 5 tontons ont retrouvé leurs familles.
Toutefois, derrière cet optimisme se cache une profonde inquiétude. Le
budget habituellement accordé par l'État à Caritas; initiateur de la
structure portlouisienne et partenaire du gouvernement pour ce qui est
de l'abri de St-Jean, ne sera pas gratifié cette année. Faute de budget,
le ministère de la Sécurité Sociale ne serait plus en mesure de
subventionner les deux abris. Une subvention qui représente une somme de
Rs 690 000 pour l'abri du Nord et Rs1.1 million pour celui des
Plaines-Wilhems. "Nous faisons actuellement face à de grosses
difficultés financières", concède d'emblée Kersley Goindoorajoo.
"Le dernier budget n'a pas fait provision d'une subvention à
l'intention des deux abris de nuit pour l'année en cours", explique
le directeur des abris. Si les choses semblent être claires quant à la
subvention gouvernementale de la structure d'accueil du Nord, en
revanche rien n'a encore été précisé pour ce qui est des
Plaines-Wilhems. Si l'aide financière que lui garantissait l'Etat est
amputée, Caritas aura dû mal à assurer le fonctionnement de l'abri de
nuit des Plaines-Wilhems. Car, depuis que l'abri de nuit de St-Jean a
ouvert ses portes à une trentaine de SDF, il y a deux ans, c'est le
gouvernement qui finançait la totalité du projet.
Enveloppe de Rs 50 000 pour un an à l'abri des
Plaines-Wilhems
Malgré les difficultés financières auxquelles font face
les deux abris, y compris l'avenir en suspens du centre des
Plaines-Wilhems, Jacques Dinan, président de Caritas, n'opte pas le ton
alarmiste. "Il est un fait qu'il sera difficile pour Caritas de
soutenir l'abri de St-Jean. Mais notre objectif est de maintenir cet
abri en opération. La ministre de la Sécurité Sociale, que nous avons
rencontrée, nous a assurés pour sa part que son ministère nous aidera
dans la mesure du possible", explique le président de Caritas. L'an
dernier le gouvernement a accordé une enveloppe de… Rs 50 000 à
l'établissement de St-Jean. Cette somme représentait la
contribution de l'Etat pour une période d'une année. Deux rencontres,
pre et post budgétaires avec les autorités n'ont pas pour autant éclairé
les représentants de Caritas et des abris de nuit sur le sort du centre
d'accueil des Plaines-Wilhems. Au bureau de Caritas, l'on explique que
Rs 800 000 sont impératives pour assurer le running cost annuel
de l'Abri de nuit de St-Jean. En 2004, lorsque le centre avait
démarré,avant de devenir pleinement opérationnelle l'année dernière, le
gouvernement avait subventionné le projet en dégageant Rs 1,1 million.
Le diocèse de Port-Louis qui avait de son côté contribué Rs 1 million
pour la construction de l'abri. Le projet, une idée lancée par l'actuel
gouvernement en 1996, n'a pu être concrétisé que récemment. Suite à un
appel d'offres lancé pour la gestion du centre des Plaines-Wilhems,
Caritas fut le seul organisme à soumettre sa candidature, devenant ainsi
le partenaire de l'ancien gouvernement, lequel avait pris le relais du
projet à son prédécesseur. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui Caritas
croise les doigts pour que l'abri de St-Jean puisse continuer à œuvrer
pour les sans domicile fixe, les évitant l'exclusion. Ainsi, le souci de
trouver des fonds pour continuer le programme est devenu réel.
Jusqu'ici, les municipalités des Plaines-Wilhems, à l'exception de la
mairie de Vacoas Phoenix, continuent à apporter une contribution de Rs
30 000 au budget de fonctionnement de l'abri de nuit de leur district.
Donnateurs privés: indispensables
À Port-Louis, où l'abri accueille une quarantaine de
sans domicile fixe, la mairie n'a pas encore signifié ses intentions
quant à sa contribution, s'élevant à Rs 50 000 annuellement. Toutefois,
mercredi dernier, en début de soirée, une nouvelle officieuse à l'effet
que la mairie de la cité avait évoqué la possibilité de mettre fin à la
contribution, devait inquiéter le responsable de l'abri de Port-Louis.
Pour que le centre fonctionne pleinement, celui-ci requiert d'un budget
de Rs 1, 3 millions. Annuellement, l'État, à travers le NGO Trust
Fund, contribue Rs 690 000 au budget. Pour l'année financière en
cours, l'Abri de nuit de la capitale devra compter sans cet appui
indispensable. Par ailleurs, le remplacement du toit du bâtiment,
s'avère urgent. Le toit en tôle et en bois tombe en décrépitude. En
temps de pluie et de cyclone, l'eau s'infiltre dans le bâtiment. Selon
Kersley Goïndoorajoo, Caritas devrait trouver Rs 250 000 pour assurer le
remplacement du toit.
Si la subvention gouvernementale, explique Kersley
Goïndoorajoo, permet aux deux abris de fonctionner pleinement, la
contribution des sponsors est un plus vital. En effet, c'est grâce au
geste généreux de donateurs que les deux abris arrivent à distribuer des
repas - préparés ou pas - chaque soir à leurs bénéficiaires. Hormis la
nourriture, les sponsors: firmes privées, familles, individuels… font
don de vêtements aux tontons. "Je souhaiterais que nos donateurs
continuent à nous soutenir de différentes manières", espère Jacques
Dinan. Ne concevant pas le programme d'aide aux SDF sans l'apport des
sponsors, Brigitte François et Kersley Goïndoorajoo espèrent de leurs
côtés que les nouvelles mesures fiscales concernant l'abattement sur les
dons, ne freinent pas la générosité des parrains.
Le flou planant sur l'avenir de l'abri de St Jean,
Brigitte François explique que cette situation tient en otage le
processus d'accompagnement. Actuellement, les 40 volontaires des deux
abris participent activement à la réhabilitation et réinsertion sociale
des pensionnaires nécessiteux. "Nous les soutenons également dans
leur démarche administrative et médicale", ajoute Kersley
Goïndoorajoo.