s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 13 août 2006


En difficulté financière

Les abris de nuit dans le rouge

Pour l'année financière en cours, l'Etat ne serait pas en mesure de subventionner les deux abris de nuit destinés aux sans domicile fixe et gérés par Caritas. 12 ans après l'inauguration de l'abri de Port-Louis, celui-ci devra opérer sans l'apport financier de l'État. Projet conjoint du gouvernement et de Caritas, l'abri de nuit des Plaines-Wilhems, opérationnel depuis 2 ans, bénéficiait quant à lui, d'une subvention de Rs 1.1 million, soit la prise en charge totale du running-cost du centre. Caritas est contraint de trouver des fonds pour maintenir le fonctionnement de l'établissement.

C'est avec une satisfaction qu'elle ne peut dissimuler que Brigitte François, responsable de l'abri de nuit des Plaines-Wilhems, situé à St-Jean, parle de la récente réintégration familiale de six pensionnaires de la structure. Deux ans après avoir ouvert ses portes aux sans domicile fixe (SDF) du district, l'abri de nuit, dit-elle, peut s'enorgueillir d'un bilan positif. Le défi a été relevé avec succès. De son côté, Kersley Goindoorajoo, responsable de l'abri de nuit de Port-Louis et également directeur des deux abris se dit aussi satisfait des retombées de l'encadrement visant à réinsérer les SDF appelés tontons dans le milieu. Depuis le début de l'année, dit-il, 5 tontons ont retrouvé leurs familles. Toutefois, derrière cet optimisme se cache une profonde inquiétude. Le budget habituellement accordé par l'État à Caritas; initiateur de la structure portlouisienne et partenaire du gouvernement pour ce qui est de l'abri de St-Jean, ne sera pas gratifié cette année. Faute de budget, le ministère de la Sécurité Sociale ne serait plus en mesure de subventionner les deux abris. Une subvention qui représente une somme de Rs 690 000 pour l'abri du Nord et Rs1.1 million pour celui des Plaines-Wilhems. "Nous faisons actuellement face à de grosses difficultés financières", concède d'emblée Kersley Goindoorajoo. "Le dernier budget n'a pas fait provision d'une subvention à l'intention des deux abris de nuit pour l'année en cours", explique le directeur des abris. Si les choses semblent être claires quant à la subvention gouvernementale de la structure d'accueil du Nord, en revanche rien n'a encore été précisé pour ce qui est des Plaines-Wilhems. Si l'aide financière que lui garantissait l'Etat est amputée, Caritas aura dû mal à assurer le fonctionnement de l'abri de nuit des Plaines-Wilhems. Car, depuis que l'abri de nuit de St-Jean a ouvert ses portes à une trentaine de SDF, il y a deux ans, c'est le gouvernement qui finançait la totalité du projet.

Enveloppe de Rs 50 000 pour un an à l'abri des Plaines-Wilhems

Malgré les difficultés financières auxquelles font face les deux abris, y compris l'avenir en suspens du centre des Plaines-Wilhems, Jacques Dinan, président de Caritas, n'opte pas le ton alarmiste. "Il est un fait qu'il sera difficile pour Caritas de soutenir l'abri de St-Jean. Mais notre objectif est de maintenir cet abri en opération. La ministre de la Sécurité Sociale, que nous avons rencontrée, nous a assurés pour sa part que son ministère nous aidera dans la mesure du possible", explique le président de Caritas. L'an dernier le gouvernement a accordé une enveloppe de… Rs 50 000 à l'établissement de St-Jean. Cette somme représentait la contribution de l'Etat pour une période d'une année. Deux rencontres, pre et post budgétaires avec les autorités n'ont pas pour autant éclairé les représentants de Caritas et des abris de nuit sur le sort du centre d'accueil des Plaines-Wilhems. Au bureau de Caritas, l'on explique que Rs 800 000 sont impératives pour assurer le running cost annuel de l'Abri de nuit de St-Jean. En 2004, lorsque le centre avait démarré,avant de devenir pleinement opérationnelle l'année dernière, le gouvernement avait subventionné le projet en dégageant Rs 1,1 million. Le diocèse de Port-Louis qui avait de son côté contribué Rs 1 million pour la construction de l'abri. Le projet, une idée lancée par l'actuel gouvernement en 1996, n'a pu être concrétisé que récemment. Suite à un appel d'offres lancé pour la gestion du centre des Plaines-Wilhems, Caritas fut le seul organisme à soumettre sa candidature, devenant ainsi le partenaire de l'ancien gouvernement, lequel avait pris le relais du projet à son prédécesseur. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui Caritas croise les doigts pour que l'abri de St-Jean puisse continuer à œuvrer pour les sans domicile fixe, les évitant l'exclusion. Ainsi, le souci de trouver des fonds pour continuer le programme est devenu réel. Jusqu'ici, les municipalités des Plaines-Wilhems, à l'exception de la mairie de Vacoas Phoenix, continuent à apporter une contribution de Rs 30 000 au budget de fonctionnement de l'abri de nuit de leur district.

Donnateurs privés: indispensables

À Port-Louis, où l'abri accueille une quarantaine de sans domicile fixe, la mairie n'a pas encore signifié ses intentions quant à sa contribution, s'élevant à Rs 50 000 annuellement. Toutefois, mercredi dernier, en début de soirée, une nouvelle officieuse à l'effet que la mairie de la cité avait évoqué la possibilité de mettre fin à la contribution, devait inquiéter le responsable de l'abri de Port-Louis. Pour que le centre fonctionne pleinement, celui-ci requiert d'un budget de Rs 1, 3 millions. Annuellement, l'État, à travers le NGO Trust Fund, contribue Rs 690 000 au budget. Pour l'année financière en cours, l'Abri de nuit de la capitale devra compter sans cet appui indispensable. Par ailleurs, le remplacement du toit du bâtiment, s'avère urgent. Le toit en tôle et en bois tombe en décrépitude. En temps de pluie et de cyclone, l'eau s'infiltre dans le bâtiment. Selon Kersley Goïndoorajoo, Caritas devrait trouver Rs 250 000 pour assurer le remplacement du toit.

Si la subvention gouvernementale, explique Kersley Goïndoorajoo, permet aux deux abris de fonctionner pleinement, la contribution des sponsors est un plus vital. En effet, c'est grâce au geste généreux de donateurs que les deux abris arrivent à distribuer des repas - préparés ou pas - chaque soir à leurs bénéficiaires. Hormis la nourriture, les sponsors: firmes privées, familles, individuels… font don de vêtements aux tontons. "Je souhaiterais que nos donateurs continuent à nous soutenir de différentes manières", espère Jacques Dinan. Ne concevant pas le programme d'aide aux SDF sans l'apport des sponsors, Brigitte François et Kersley Goïndoorajoo espèrent de leurs côtés que les nouvelles mesures fiscales concernant l'abattement sur les dons, ne freinent pas la générosité des parrains.

Le flou planant sur l'avenir de l'abri de St Jean, Brigitte François explique que cette situation tient en otage le processus d'accompagnement. Actuellement, les 40 volontaires des deux abris participent activement à la réhabilitation et réinsertion sociale des pensionnaires nécessiteux. "Nous les soutenons également dans leur démarche administrative et médicale", ajoute Kersley Goïndoorajoo.


SDF du jour au lendemain

Ils ont entre 20 et 90 ans. Fonctionnaires, sans emplois, employés du secteur privé, marchands… Ils se sont, un jour, retrouvés sans toit pour une raison ou une autre. "Parfois, l'environnement familial devient une pression pour certains. Alors, ils préfèrent tout quitter et aller vivre dans la rue", explique Kersley Goïndoorajoo. Les SDF ne sont pas toujours des clochards. D'ailleurs, de plus en plus, explique Brigitte François, les pensionnaires sont des employés. Depuis que l'Abbé Pierre a inauguré l'abri de nuit de Port-Louis en 1994, la structure accueille régulièrement quelque 40 tontons, lesquels sont depuis des habitués des lieux. Si certains retrouvent parfois leurs proches, d'autres, avec l'aide des volontaires, louent une maison. "Mais ils ont quand même du mal à vivre seuls. J'ai en tête ce tonton de 70 ans, qui s'est installé dans sa maison et qui pour la Coupe du Monde de football est venu assister aux matches ici", raconte Kersley Goïndoorajoo. Les mêmes règles sont appliquées dans les deux abris. Lorsqu'ils y arrivent à partir de 16 heures, ils sont tenus à prendre un bain avant le repas. Le lendemain, à 8 heures, les abris ferment leurs portes après le départ des pensionnaires.

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