"Passer de l'assistanat au développement": tel
est le thème choisi pour la messe d'actions de grâce présidée par
l'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, qui sera célébrée ce dimanche
à 9h30 en la cathédrale St-Louis pour marquer les 40 ans de Caritas île
Maurice.
"Donner un poisson à un pauvre lui permet de manger
pour un jour alors que lui apprendre à pêcher, c'est lui permettre de
manger pour toujours…" Alors qu'avec le récent octroi du Prix Nobel
de la Paix à l'économiste Mohammad Yunus, le concept
d'empowerment économique des pauvres retient plus que jamais
l'attention au plan mondial, la branche locale de Caritas veut inscrire
encore plus son action dans la perspective d'un développement intégral
du pauvre.
C'est ainsi que depuis le mois d'août de l'année
dernière, les statuts de cette ONG catholique ont été modifiés en vue de
lui permettre de faire des prêts à des bénéficiaires. Un Fonds Logement
a, ainsi été institué. Ce fonds vise à avancer de petites sommes - entre
Rs 10 000 à Rs 30 000 - à des familles auxquelles il manque ce petit
plus pour devenir propriétaires d'un logement.
Jacques Dinan, l'actuel président de Caritas, explique
que des ménages butent parfois à prendre avantage des plans-logement
subventionnées par l'État en l'absence de quelques milliers de roupies
qu'ils doivent préalablement disposer. Cet argent peut devoir servir
pour régler, par exemple, les frais notariés ou encore pour l'achat du
matériau d'appoint avant de pouvoir s'installer.
Ce projet qui a démarré à Curepipe et à Vacoas est
actuellement en voie d'être étendu à travers le pays. Une somme de Rs
267 000 a été déboursée à ce jour à cette fin. Prêt sans intérêt, la
somme ainsi empruntée est remboursée en fonction des capacités de
remboursement de l'emprunteur; aucune échéance précise n'étant imposée.
Jacques Dinan explique que la fabuleuse expérience de
micro-crédit de Mohammad Yunus a démontré que, contrairement à ce que
l'on pense généralement, les pauvres sont "de très honnêtes
payeurs". Pour peu que l'on ne leur impose pas des pratiques
usurières fort contraignantes… Les bénéficiaires - comme pour tous les
autres services offerts par Caritas - se retrouvent parmi les plus
démunis de la société. À l'instar des squatters…
Lancé à Maurice en 1966 à l'initiative de Gustave Rey,
Caritas île Maurice a, jusqu'en 1993, surtout agi en tant
qu'organisation de secours d'urgence. Ce mouvement diocésain est
intervenu - et intervient encore - pour fournir vivres et vêtements à
des sinistrés en cas de cyclones, d'inondations ou d'incendies, par
exemple.
Prenant avantage de son réseau international, l'ONG
mobilise aussi des ressources au plan national en cas de calamités à
l'étranger. C'est ainsi qu'après le tsunami de décembre 2004, Caritas
île Maurice a recueilli, lors d'une levée de fonds, une somme de Rs 2,2
millions. Ce fonds devait être transmis à Caritas-Inde en vue de venir
en aide à des pêcheurs du sud de l'Inde dont les barques avaient été
détruites lors de la catastrophe, et pour permettre à des familles de
racheter du matériel scolaire pour leurs enfants.
Entre-temps, l'ONG s'est embarqué, depuis les années
1990, dans d'autres créneaux caritatifs. Deux Abris de Nuit à Trou
Fanfaron et Saint Jean, respectivement, ont été créés pour accueillir
des Sans Domicile Fixe (SDF) et leur fournir un repas chaud. Quelque 80
SDF (40 à Port-Louis et 40 autres aux basses Plaines Wilhems) viennent,
chaque soir, trouver refuge dans les deux Abris de Nuit.
Pionnière de l'alphabétisation fonctionnelle
Il y a aussi le Relais Espérance à Pointe aux Piments,
qui accueille simultanément, pour une durée de deux ans, quatre familles
en grande difficulté financière. Celles-ci trouvent durant cette
période, un coin où se loger sans frais; le temps pour elles de
réapprendre à gérer leur budget, s'initier à la culture d'un potager ou
apprendre à faire de la pâtisserie…
Caritas île Maurice est, par ailleurs, pionnière en
matière d'alphabétisation fonctionnelle. Avec l'assistance du Secours
Catholique français, qui a pris à son compte la formation des formateurs
locaux, l'ONG catholique assure depuis des années des cours
d'alphabétisation fonctionnelle en français.
Selon M. Dinan, le choix de cette langue plutôt que le
créole s'explique par le fait que le français est plus susceptible
d'être utilisé dans les démarches administratives, par exemple. Quelque
400 apprenants, dont une majorité de femmes, viennent, chaque année,
suivre des cours dans les 40 centres d'alphabétisation de Caritas à
travers l'île. Actuellement, la plus ancienne apprenante est âgée de 80
ans et la benjamine a 16 ans. L'ONG tient particulièrement à cœur ce
travail qui est en lien direct avec son souhait de favoriser le
développement plutôt que l'assistanat. Caritas cite, à cet effet, le
pape Paul VI qui, dans son encyclique Populorum Progressio
(1967), soulignait que "la faim d'instruction n'est pas moins
déprimante que la faim d'aliments…"
Quatrième axe important du travail de ce mouvement
diocésain: le Service d'écoute et de Développement (SEED). À travers une
quarantaine de centres dans l'île, Caritas île Maurice assure une
permanence par le biais d'une centaine de permanents et de quelques
centaines de volontaires. À l'écoute des petites et des grandes misères
des pauvres, ces animateurs les canalisent vers les services appropriés
et assurent le suivi de leurs cas. Chaque année, quelque 10 000
personnes reçoivent une aide. Qui pour régler un problème auprès de la
NHDC, par exemple, qui pour un problème auprès d'un ministère, qui
encore pour, par exemple, obtenir une quelconque aide d'urgence.
Selon le président de Caritas île Maurice, pendant
longtemps, le travail social à Maurice s'est fait dans l'esprit très
mauricien de "donner un petit coup de main en vue de rendre
service". Jacques Dinan explique qu'à Caritas, au moins, l'on est
bien déterminé à faire les choses avec le maximum de professionnalisme.
Par ailleurs, puisque les plus de Rs 2,2 millions du
budget de fonctionnement annuel de l'ONG lui proviennent de généreux
donateurs, Caritas île Maurice s'est engagé, depuis l'an dernier, à
jouer la carte de la transparence, en publiant, notamment, par voie de
presse, les recettes de sa quête publique annuelle. En parlant de
budget, M. Dinan dit constater que depuis l'annonce de la décision
gouvernementale de ne plus permettre des déductions d'impôts sur les
sommes versées au bénéfice d'ONG, les donateurs se font moins généreux.
"Cette mesure est regrettable. D'autant que c'est une pratique qui
est largement encouragée à l'étranger", conclut le président de
Caritas île Maurice.